Une Miss, Dame d'Honneur et de Cœur

Les propos tenus sur cette page n'engagent que l'auteur.

Infirmières - Parachutistes - Secouristes de l'Air de l'ALAT

A l'heure où notre détachement Ouest, à la douleur de pleurer la perte d'une amie très chère, Nicole Aubry-Gourmelen, "Bouchon" chez les "Miss", membre de l'UNA ALAT et épouse de Jean l'un de nos Présidents Honoraires. Je me dit qu'il serait important de leur rendre à toutes l'hommage qu'elles méritent.

BOUCHON, Nicole Aubry-Goumelen

La dernière sortie de "Bouchon" avec "Gourmille", son mari

lors de l'assemblée générale du groupement le 12 mars 2009.

Le 2I juin 2009 à Capbreton, le colonel Yves Durosoy commandeur de la légion d'honneur a remis à Nicole Gourmelen, les insignes de chevalier de la légion d'honneur. Cette distinction attribuée par décret du président de la république, sur proposition du ministre de la défense, Hervé Morin, vient récompenser la carrière de l'ancien sergent au service des armées, infirmière-parachutiste connue sous le nom de " Bouchon ", dans les rangs du groupe d'hélicoptères n° 2 en Algérie de 1951 à 1959, ainsi que pour de nombreux govenais. Cette distinction vient s'ajouter aux nombreuses décorations qu'elle avait déjà reçues : médaille militaire, croix du combattant, croix de la valeur militaire, médaille des blessés de guerre .....

L'engagement de Nicole Gourmelen à Goven l'a conduite au conseil municipal, comme conseillère de 1971 à 1983, puis comme adjointe de 1983 à 2001. Elle a œuvré en particulier pour le développement de la vie culturelle, en créant la bibliothèque et en la faisant évoluer au fil du temps, pour le développement de l'action sociale au CCAS. Cet engagement a été aussi fort dans les associations d'anciens combattants, à ACTION, aux Restos du cœur, à Ille-et-Vilaine/Pologne, au CRIC, à Sambrana...

Un mois après la remise de la légion d'honneur, l'ancienne infirmière parachutiste " Bouchon " effectuait son dernier grand saut.

La Miss du groupement ouest était un petit bout de femme par la taille, d'où sans doute sons pseudonyme "Bouchon", mais une très Grande Dame par ses qualités de cœur. Tous les présents auront noté, pendant de la messe de sépulture lors des éloges funèbres, à quel point Nicole était une femme qui s'investissait partout où il y avait un besoin d'assistance. Présente sur tous les fronts, sa vie fût dédiée au don de sa personne pour aider les plus démunis et apporter son soutien au plus faibles. Suivant ainsi, ce qu'elle avait commencé à vingt ans alors qu'elle débarquait, en 1957, en Algérie au GH2 à Sétif pour porter secours aux blessés au plus près des combats.

Un premier hommage anonyme lui fût rendu à cette époque déjà lointaine et pourtant tellement présente dans l'esprit de ceux  "qui y étaient". Un soldat blessé qui s'en était sorti grâce à elle lui dédia un poème extrêmement émouvant qui illustre le dévouement de ces femmes d'Action et de Paix.

Lorsqu'un pauvre blessé te lance un triste appel,

Tu es là souriante dans ta tenue d'infirmière.

Tu te penches sur lui, le soigne, le considère

De tes yeux caressants, aux reflets maternels.

De te voir aussi jeune, si vive et courageuse

Aller du souffle chaud des hélices  bruyantes

Au chevet d'un copain à la blessure béante,

Il se refuse à croire à la mort faucheuse,

C'est un nouvel élan qui l'amène, le redresse,

Il se sent moins faible et plus apte à souffrir,

Et trouvera même la force de sourire

A cette jolie fille si pleine de tendresse.

S'il t'arrive de voir mourir dans tes bras

Un soldat courageux, d'une blessure mortelle

Soit sûre petite sœur, qu'une fois au ciel

Il pensera à toi : l'ange qui le berça.

Dans l'horreur du combat qu'importe la tourmente,

Guidée par le destin tu remplis ton devoir

Sans un mot, sans te plaindre, sans jamais décevoir

Tous ceux qui te réclament en répondant Présente.

Aujourd'hui l'Ange a rejoint, au Paradis, tous les combattants qu'elle avait vu mourir et qu'elle avait accompagnés en allégeant leurs ultimes souffrances par sa présence réconfortante. Soyons assurés qu'ils lui ont fait une haie d'Honneur pour l'accueillir parmi eux.

Eloge d'un Vétéran du GH2

" Nicole Aubry est née deux fois.
Bien entendu, je n’ai pas entendu ses premiers vagissements.

Mais pour assister à sa naissance au métier des armes j’y étais. Enfin nous y étions pour voir, au début de l’année 1957, au Groupe d’Hélicoptères n°2, à Sétif en Algérie, des jeunes femmes se présenter crânement à un millier d’hommes de guerre un peu dubitatifs.
Les Rois Mages étaient trois ; elles allaient par quatre. Guilaine, Christine et les deux Nicoles.
Leur carte de visite : Infirmière – Parachutiste - Secouriste de l’Air, on fait difficilement mieux.
Tout de suite mises à l’épreuve du terrain, elles ont fait des sceptiques bougons de la veille, les partisans les plus convaincus par leur professionnalisme. Et par leur sourire en prime.
C’est dans ces circonstances que Aubry, la petite Nicole pour la différencier de l’autre, laissant là son état-civil comme on abandonne une peluche, est devenu « Bouchon ». Nombreux sont ceux qui ne l’auront connue et plus tard identifiés que par ce nom de guerre.
Infirmière de terrain portant et hissant les blessés dans nos hélicoptères, soignant, parlant aux éprouvés, calmant les inquiets, heureuse mais vu parfois attristée du sort de ses protégés d’un instant, elle aura tout connu des misères de la guerre et les aura surmontées sereinement.
Dans ce monde de feu, elle fera son métier de paix avec passion, trouvant là notre respect et notre affection.
Elle-même blessée, décorée, médaillée militaire et récemment admise dans la Légion d’Honneur. Sa croix était vraie, le rouge du ruban n’était en rien comparable à celui des hochets de circonstance trop souvent bradés.
La vie passant avec « Gourmille », leur arbre généalogique a feuillé. Tout en quenouilles, c’était assez tendance à l’époque. Je suis là pour le confirmer.
Bouchon, revenue pour la circonstance Nicole, à longtemps participé à la vie municipale de Goven et animé les échanges culturels. Là aussi avec passion et grande gentillesse.
Aujourd’hui, puisque son combat est achevé, ma grande tristesse ne m’empêche pas de croire que l’âme de petit Bouchon flotte maintenant sur l’océan infini de l’immortalité. "


Jean Bonnein

28-07-2009

Un nouveau témoignage à propos de "la petite Nicole"

En 1958, j’étais un ‘’BARON’’, servant sur T 6, à  Sétif. Ainsi je fut amené à connaitre les 4 IPSA qui servaient au GH-2, Christine , Guilaine, Nicole et la Petite Nicole que familièrement nous appelions BOUCHON . Nous avions de l’admiration pour le courage de ces jeunes femmes et pour le travail qu’elles accomplissaient dans des conditions difficiles. En outre, nous étions invités presque en permanence dans leur bâtiment du GH-2, où elles installaient pour nous une table de bridge et  si nous n’étions que trois, elles n’hésitaient pas à faire le quatrième joueur.
J’étais  pour quelque temps le chef du détachement  Air à Bougie quand un beau matin de Juillet un hélicoptère de l’ALAT se pose sur le parking peu après 08h. Qui en descend ? Bouchon.

L’hélico repart et Bouchon,  en battle-dress couvert de tâches sombres vient vers moi et me demande abruptement si je peux la conduire vite dans un  hôtel en ville. La jeep est là, je la prends et nous partons.
En route, plus calmement elle me dit :  « Nous sommes sur une opération depuis  deux jours ; il y a beaucoup de blessés. Voilà 2 nuits que je ne dors pas ; je suis crevée, j’ai besoin de dormir un peu et surtout de prendre une douche. J’ai du sang partout dessus, dedans car depuis hier j’ai mes règles mais dans le djebel je ne peux m’isoler un instant. Il y  a toujours  un gus à trainer  derrière mes fesses!»   
Nous arrivons à l’hôtel.  « Merci lieutenant, je me débrouille. Pouvez-vous me chercher dans deux heures ? Disons onze heures. »  Je suis présent devant l’hôtel à l’heure fixée. Elle est prête. Durant le trajet retour je l’invite à déjeuner sous la tente-réfectoire avec mes pilotes et mes sous-officiers mécaniciens. «  Merci c’est très gentil à vous mais je ne peux pas, des blessés m’attendent. D’ailleurs voilà mon hélicoptère qui vient me chercher à l’heure fixée. »


Je n’ai jamais revu Bouchon, Mais je fus très impressionné par elle ce jour-là. Fatiguée, usée, énervée elle se retrouvait requinquée après une douche et seulement 2 heures de sommeil.   Malgré un manque de tact de certains  hommes à son égard qui heurtait sa pudeur, elle repartait  vers eux se mettre au service de ceux qui ont besoin de soins ou de réconfort.

Quel exemple de dévouement !

 
J.Arrault

Photographies de "Bouchon"

 

Réparation...

S'il vous prenait l'idée de lancer une recherche sur le mot IPSA avec le premier moteur de recherche de la planète, vous auriez la douloureuse surprise de découvrir que parmi les cents premières réponses, les merveilleuses Infirmières Parachutistes  (ou Pilotes pour celles de l'Armée de l'Air) Secouristes de l'Air, appelées aujourd'hui convoyeuses de l'air, n'apparaissent pas. Si vous faite suivre votre mot clé du mot infirmière, vous aurez un peu plus de chance, Wikipédia, l'encyclopédie gratuite du net, donne un historique et quelques noms célèbres, ailleurs c'est leur aéroclub qui fait un rappel historique, ou un éditeur qui vante les mérites d'un livre qui leur est consacré (celles de l'Armée de l'Air).

Mais point de véritable site consacré à ces femmes admirables dont certaines sont tombées en service, pour secourir, sauver ou assister nos camarades blessés. Wikipédia nous apprend aussi que seulement douze d'entre elles ont été honorées de la Légion d'Honneur, trente quatre de la Croix de Guerre des Théâtres d'Opérations Extérieures, quatorze de la Médaille de l'Aéronautique, quatorze de la Médaille d'Honneur du Service de Santé de l'Air enfin une au moins a été décorée en 1954 par les Etats Unis d'Amérique de la Presidential Medal of Freedom.

Même si ces chiffres n'ont, peut-être, pas été mis à jour récemment c'est un bien triste bilan à l'aune des services rendus à la patrie et à ses combattants. Mais de nos jours que veulent dire ces mots. On honorera plus facilement les braillards devant un micro, souvent déjantés et parfois drogués, que des femmes qui ont mis leur vie au service de la nation et de ses combattants.

 

Je n'ai pas, ici, l'ambition de réparer cette injustice, je ne suis pas l'homme de l'art capable de rapporter leurs faits d'armes et les hisser au pinacle, mais je me dis que parmi nos nombreux camarades qui ont eu l'honneur de servir les Armes de la France sur tous les théâtres d'opérations, certains ont sans doutes, des récits à nous rapporter. C'est pourquoi j'ouvre toute grande cette page à ceux là. Afin de, peut-être, reconstituer la mémoire de ces Dames d'Honneur. Je cantonnerai cette page aux "Miss" qui servirent comme notre Chère "Bouchon" dans les unités de l'ALAT, car s'il fallait écrire l'histoire de toutes les IPSA ce serait un gros volume qu'il faudrait publier et je n'en ai ni les capacités, ni la matière première.

Vous qui avez vécu ces heures de gloire de notre Arme aux combats, et qui avez été les témoins directes du courage et du dévouement des Miss, merci de nous en faire part, et ainsi réparer l'oubli par ce travail de mémoire. Merci d'adresser, textes, photos ou documents par courrier électronique à :

 jj.chevallier@wanadoo.fr

 

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Dernière mise à jour mercredi 11 avril 2012 15:04:22