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Introduction
L’Eole,
une incarnation étrange du dieu des vents de
la mythologie, venait avec Clément Ader de
prendre son vol dans le ciel d’Arminvilliers.
C’était le 9 octobre 1890. Propulsé par un
moteur à vapeur, l’engin de l’inventeur
français tenait de l’oiseau et de la
chauve-souris. Il venait de faire pénétrer la
fiction dans la réalité. Le rêve de Léonard
de Vinci avait enfin pris forme ; un « plus
lourd que l’air » s’élevait par ses propres
moyens. Encouragé par ce premier et modeste
bond de cinquante mètres, Ader poursuivit ses
efforts et en 1897 il pouvait, à bord de son
« Avion III », effectuer un vol
(controversé) de trois cents mètres. Un an
auparavant, le téméraire Otto Lilienthal, sur
un planeur de sa conception, venait de se
tuer accidentellement pour avoir trop
persévéré dans ses expériences
d’homme-oiseau, tandis que les vols planés
continuaient d’être l’objet de tentatives
diverses avec Chanute, Langley et Gabriel
Voisin.
Le 17 décembre 1903 une nouvelle étape
décisive de l’histoire de l’aviation fut
franchie lorsque Orville Wright accomplit un
vol de 259 mètres sur son avion « Flyer »
propulsé par un moteur à explosion. Cet
exploit marque le départ d’une évolution
ininterrompue dans la recherche et la
construction d’appareils offrant des qualités
de vol sans cesse améliorées. Le vol
d’Orville Wright éveilla chez ses
contemporains le goût des records.
Mais c’est la démonstration éblouissante de
son frère Wilbur, au camp d’Auvours près du
Mans, qui donna le véritable coup d’envoi de
la conquête de l’air. Ayant vendu leurs
brevets au Français Lazare Weiller, Wilbur
Wright vint en France en 1908 faire la
démonstration de son appareil biplace « Wright
modèle A » perfectionné. Il exécuta
plusieurs vols pour la plus grande joie des
spectateurs sarthois toujours plus
enthousiastes et emmena de nombreux passagers
parmi lesquels les premiers pilotes français
Ernest Zens, Louis Blériot, Delagrange et
Henri Farman, et des personnalités comme
MM.Paul Doumer, Paul Painlevé de l’Institut,
et le ministre des travaux publics Louis
Barthou.
C’est l’histoire des vols de Wilbur Wright
effectués de juin à décembre 1908 aux
Hunaudières puis au camp d’Auvours près du
Mans qui est relatée ici. Les documents et
surtout les extraits de presse de La
Sarthe et du Nouvelliste de la Sarthe
patiemment rassemblés par le président de
la Société Historique et Archéologique du
Maine d’alors, M. Robert Triger, nous
permettent de revivre les grands moments des
expériences et des vols de Wilbur Wright.
Deux élèves-pilotes français ont commencé
leur formation sur le Flyer à Auvours fin
1908 avec Wilbur Wright, il s’agissait du
comte de Lambert et du capitaine
Lucas-Girardville du Parc Aérostatique de
Chalais-Meudon. Début 1909 à Pau-Pont-Long,
l’aviateur Américain formera également Paul
Tissandier qui à son tour emmènera son
premier élève le 10 avril : l’aéronaute et
aviateur René Gasnier, d’Angers.
WILBUR WRIGHT ARRIVE AU MANS
Wilbur Wright arriva le 15 juin 1908 au Mans,
avec le modèle « Wright A » biplace,
qu’il présenta pour montrer où en étaient
arrivés les Américains dans le domaine de
l’aviation. Il effectua ses premiers envols
sur l’hippodrome des Hunaudières; cette
exhibition, réalisée sans difficulté, fit
grande impression sur les Européens.
Le 16 septembre 1908, il vola au camp
d’Auvours pendant 39 minutes et 18 secondes,
avec un passager. Le 21 septembre 1908, sur
ce même terrain, il accomplissait un vol de
plus de 41 miles (environ 66 km) en 1 heure,
31 minutes et 25 secondes. Pour couronner sa
démonstration en Europe, Wilbur Wright
exécuta le 31 décembre 1908, à Auvours, un
vol avec de nombreux virages de 2 heures et
20 minutes représentant une distance de plus
de 120 kilomètres.
Les résultats acquis par les vols des frères
Wright dépassaient les meilleures
performances européennes. Lors de réceptions
et de conférences de presse, le pilote
américain put affirmer, avec raison, :
« L’aéroplane vraiment fonctionnel a été
découvert par nous-mêmes, non par
Santos-Dumont ! ».
LA PRESSE SARTHOISE –
15 juin 1908
« C’est au Mans que volera bientôt
l’aéroplane Wright » titraient les journaux
locaux La Sarthe et Le Nouvelliste
de la Sarthe. Estimant aujourd’hui que
leur appareil est au point, les frères Wright
se décident à le mettre à l’épreuve devant le
public français. Alors qu’ils avaient songé à
s’installer pour cela à Blain dans la
Loire-Inférieure et comme le terrain
disponible ne convenait que médiocrement, ils
se mirent en rapport avec l’industriel
manceau Léon Bollée qui leur proposa le champ
de courses des Hunaudières près du Mans.
« Je viens de choisir définitivement mon
terrain d’expérience, dit Wilbur Wright au
journaliste de La Patrie François
Peyrey. C’est tout bonnement le champ de
courses du Mans. J’ai reçu les autorisations
nécessaires. C’est une affaire conclue. Le
terrain est loin d’être plat et découvert, il
est ondulé et planté de quelques arbres et ne
mesure que 800 mètres de longueur sur 335
mètres de large. Il me suffit cependant.
« Blain est donc abandonné ? interroge
Peyrey.
« Définitivement. L’endroit me souriait fort,
mais il est beaucoup trop loin de Paris et
les trains qui y parviennent sont si
incommodes !...
« L’aéroplane ?
« Je vais en commencer immédiatement le
montage. La maison à qui j’ai passé commande
livrera ce soir, le premier des sept moteurs.
Dans un mois au plus tard, commenceront les
essais.
« C’est moi-même, interrompit M. Hart
(l’Agent des frères Wright qui assistait à la
conversation), qui ait commandé ces sept
moteurs, exactement copiés sur le moteur
Wright. Ils pèsent chacun 75 kilos pour
une puissance de 30 chevaux...
« 25 chevaux seulement, interrompit doucement
Wilbur Wright, 25 chevaux... c’est bien
suffisant.
« La machine construite pour le gouvernement
des Etats-Unis ?
« Doit être livrée fin août. Nous avons,
après cette date, trente jours pour les
essais de recette. Mon frère Orville la
présentera à Fort Myers en Virginie aux
délégués officiels américains car mon séjour
en France durera plusieurs mois ».
LEON BOLLÉE A LA RESCOUSSE
Le journaliste de La Sarthe qui
s’inquiète de ce que devient l’aéroplane
Wright interroge le 26 juin M.Léon Bollée
le constructeur d’automobiles chez qui
l’appareil est en montage et qui est en
relations journalières avec l’Américain.
« Tout va très bien, dit M. Léon Bollée, le
montage de l’appareil se poursuit
normalement, il est déjà aux trois quarts
fait, le hangar des Hunaudières sera fini de
monter dans quelques jours, et il y a lieu
d’espérer que les expériences ne tarderont
pas à être commencées. Il a été dit tant de
choses dans la presse mondiale sur les frères
Wright qui ont été surtout présentés en
Europe comme des bluffeurs extraordinaires
que nous ne pouvons résister à demander à M.
Léon Bollée son opinion bien sincère sur
eux..
« Je ne vous cache pas, répond M. Léon
Bollée, que j’ai un peu jadis partagé le
scepticisme de la plupart des journaux
français. Cependant, de même que le Capitaine
Ferber a dit « Le succès de Farman
authentifie les succès passés des Wright »,
je suis depuis près d’un an persuadé que, si
les Wright n’ont pas fait tout ce qui a été
dit dans les journaux, tout au moins ils ont
fait depuis longtemps des vols mécaniques
d’assez longue durée. Depuis que je suis en
relations journalières avec M. Wilbur Wright,
poursuit M. Bollée, je suis persuadé que tout
ce qu’il a dit est vrai .
Cet homme n’est pas du tout un bluffer; C’est
au contraire un modeste, un timide, se
contentant de travailler du matin au soir et
ne cherchant jamais à éblouir par des
promesses qu’il ne saurait tenir. Aussi
ponctuel au travail que le meilleur des
ouvriers, il travaille de ses mains avec une
habileté réelle. Il n’a confiance qu’en
lui-même, et dans son appareil il n’y a pas
une couture, pas un boulon, pas un écrou qui
n’ait été l’objet d’un travail personnel de
sa part. Son appareil est extrêmement
ingénieux, chaque partie est le résultat
d’une étude d’années et d’années, et c’est
bien une conception personnelle, qui
n’emprunte rien des types d’aéroplanes genre
Farman ou Delagrange.
Ce qui me fait croire que M. Wilbur Wright a
vraiment fait ses expériences de 50 ou 60
kilomètres de distance de toute ville, c’est
que, venant dans mon usine, où il aurait dû
savoir ne manquer de rien, il a apporté
cependant avec lui tout ce qu’il lui fallait,
absolument comme s’il venait travailler dans
une forêt vierge. On sent l’homme qui n’est
habitué à compter que sur lui-même. Je vous
citerai un exemple bien typique : pendant
qu’il cousait son aéroplane, il a cassé une
grosse aiguille ; au lieu d’envoyer en
acheter une, il en a fabriqué une en un temps
très court et d’une façon, ma foi, fort
habile.
Le journaliste demande alors à M.Léon Bollée,
si, pour les lecteurs de La Sarthe, il
pouvait donner quelques renseignements sur la
construction de l’appareil.
« Messieurs Wright, répond M. Léon Bollée,
ont toujours tenu leur appareil aussi secret
que possible ; cependant étant donné que les
expériences doivent avoir lieu dans quelques
jours, et que je ne dirai rien des détails de
construction qui sont tout, et qu’enfin le
principe de leur appareil a été décrit dans
un brevet français qui vient d’être publié,
je ne crois pas commettre une indiscrétion en
vous donnant les grandes lignes de ce qu’est
l’appareil Wright.
DESCRIPTION DE L’AVION WRIGHT
« Il se compose, poursuit M. Bollée, comme
parties principales, de deux grands plans en
toile d’environ 12 mètres de longueur sur 2
mètres de largeur, placés au -dessus l’un de
l’autre, à environ 2 mètres de distance. Ces
deux plans marchent par le travers, c’est à
dire que l’appareil a 12 mètres d’envergure.
En avant de ces deux plans se trouvent deux
autres petits plans horizontaux, pouvant
s’orienter de façon à former gouvernail de
profondeur, alors que deux autres plans
placés verticalement, l’un à l’avant, l’autre
à l’arrière, servent de gouvernail
transversal. Le moteur est placé au-dessus du
grand plan inférieur, un peu à droite ; il
actionne deux hélices, placées en arrière de
l’appareil, au moyen de chaînes. Les deux
hélices placées, l’une à droite, l’autre à
gauche, tournent en sens inverse l’une de
l’autre, pour obtenir égalité dans les
réactions. Le moteur est à 4 cylindres et ne
diffère pas sensiblement d’aspect et de
dimension d’un moteur d’automobile ordinaire
20/30 HP. Il est à soupapes d’admission
automatiques et à circulation d’eau. Son
allumage est par magnéto et il ne possède
pas, à proprement parler, de carburateur. Le
conducteur et le passager, car l’appareil
peut emporter deux personnes, prennent place,
côte à côte, sur un petit siège fixé sur le
grand plan inférieur à la gauche du moteur,
faisant contrepoids à celui-ci. Les leviers
de manoeuvre peuvent agir sur le gouvernail
de profondeur, sur le gouvernail transversal,
et sur un très ingénieux système de poulie,
objet du brevet Wright, produisant le
gauchissement des ailes des deux grands
plans, ce qui permet, paraît-il de voler par
les plus grands vents sans crainte de
renversement ».

WRIGHT DÉCOLLE PAR CATAPULTE
Le journaliste demande alors à M.Bollée s’il
est vrai que l’appareil Wright part
sur des rails au lieu de partir sur des roues
comme l’appareil Farman.
« C’est absolument exact, répond M. Léon
Bollée ; l’appareil repose au départ sur un
petit rail en bois de 35 à 45 mètres de
longueur d’où il se soulève au bout de 25
mètres environ de parcours. Pour revenir à
son point de départ, si l’aéroplane est
obligé de descendre loin des rails, on lui
pose des grandes roues spéciales. Le sol de
l’hippodrome des Hunaudières serait, du
reste, trop mauvais pour qu’un aéroplane
genre Farman puisse y rouler.
« Voyez-vous dans cet appareil quelque chose
de tellement nouveau, dans le moteur par
exemple, qu’il y aurait lieu de douter que
cet appareil pouvait exister il y a quelques
années ?
« Justement, nous réponds M. Léon Bollée, ce
qu’il y a d’étonnant dans cet appareil et
dans ce moteur, surtout, c’est qu’on ne voit
pas là une formule nouvelle comme par
exemple, dans le moteur Esnault-Pelleterie ou
dans le moteur Antoinette ; c’est, au
contraire, le bon moteur d’automobile fait
léger, et voilà tout.
On ne voit donc pas pourquoi ce moteur
n’existerait pas depuis longtemps et à la
vérité, l’ensemble dénote déjà un long usage.
« Quand pensez-vous que commenceront les
expériences ?
« Je n’en sais rien moi-même, répond M. Léon
Bollée, car Monsieur Wilbur Wright ne
travaille pas pour le public mais pour
lui-même ; il prend son temps et rien au
monde ne le déciderait à faire hâtivement
quelque chose. Cependant, je pense que, dès
le retour d’Autriche de Monsieur O’Berg, un
de mes bons amis qui a pris en mains
l’affaire des Wright, les expériences vont
commencer ; c’est une affaire de 10 à 15
jours. Je ne le vous cache pas, je crois
sincèrement à leur succès, et je serai très
heureux que ce soit au Mans que soit dit le
fin mot de ce troublant problème : les frères
Wright sont-ils les premiers inventeurs de
l’aéroplane ?
A son tour Le Petit Parisien du
2 juillet décrit l’aéroplane « Wright A » :
Comme on le sait déjà, c’est un biplan de
type Chanute ; l’envergure est de 12
mètres, la largeur des plans de 2 mètres et
leur espacement d’un peu moins de 2 mètres.
« Il n’y a aucune cellule ni avant ni arrière
; les seuls organes de stabilité et de
direction sont : à l’avant, un petit plan
inclinable servant de gouvernail de
profondeur, puis deux gouvernails verticaux,
l’un à l’avant, l’autre à l’arrière. Ces
gouvernails sont solidaires et jouent en même
temps, de même que l’oiseau, dans le virage
incline à la fois sa tête et sa queue. Mais
cet oiseau ne vire pas avec des ailes
immobiles dans le plan et à l’inclinaison de
la marche directe, il relève celle du côté
opposé à la direction vers laquelle il veut
tourner. Ce relèvement, pour un appareil
d’aviation, présenterait des difficultés
mécaniques et statiques considérables, aussi
les frères Wright ont-ils résolu cette
difficulté spéciale d’une façon fort
ingénieuse. Ils ont su donner à la partie
arrière de leurs ailes une flexibilité qui
constitue l’une des caractéristiques
principales de leur invention et à laquelle
ils attribuent la principale partie de leur
succès. C’est une sorte de gauchissement qui
s’exécute à l’aide d’un simple levier, le
plus facilement du monde et avec une
perfection tout à fait remarquable. Ce
gauchissement, identique pour les plans
superposés, s’exécute pour les deux ailes
dans le sens inverse, c’est à dire qu’il a
pour effet d’augmenter la résistance à
l’avancement de l’une d’elles en même temps
qu’il diminue celle de l’autre. Les deux
effets s’ajoutent ainsi. Cette liaison du
mouvement des deux ailes est obtenue au moyen
d’un jeu de câbles d’acier qui passent par
des traversées obliques d’un plan à l’autre,
depuis l’extrémité gauche jusqu’à l’extrémité
droite.
« Ce gauchissement des ailes s’emploie dans
plusieurs cas différents, d’abord pour
faciliter les virages, ensuite pour répondre
à toutes les tendances de
déséquilibrage latéral qui peuvent se
produire dans la marche en ligne droite, par
exemple par suite d’un remous quelconque du
vent, par suite de l’influence d’une aspérité
du sol, etc. Mais, dans ce dernier cas, on
comprend que l’augmentation de résistance
d’un côté et la diminution de l’autre
auraient pour effet de ralentir ce dernier et
d’accélérer le premier, c’est-à-dire d’amener
un virage. Celui-ci est automatiquement
empêché, dans l’appareil des Wright, par la
liaison qu’ils ont réalisée entre ce
gauchissement des ailes et l’inclinaison de
leurs deux gouvernails verticaux : le même
mouvement de levier déforme les deux ailes et
déplace les deux gouvernails dans le sens
voulu pour contrebalancer la tendance au
virage. Bien entendu, pour permettre de
légers virages sans gauchissement des ailes,
lorsque cela peut paraître utile, les
gouvernails peuvent être rendus indépendants
des ailes.
« Une autre particularité importante de cet
appareil consiste dans le mode de lancement :
au lieu de prendre la vitesse nécessaire à
l’envolée par un roulement assez long sur le
sol, grâce à un chariot armé de roues de
bicyclettes, comme le font tous les aviateurs
français, les frères Wright se servent d’un
petit rail en bois très léger sur lequel
l’appareil roule au moyen de deux galets de
12 à 15 centimètres de diamètre. Ce procédé a
l’inconvénient indéniable de nécessiter pour
le départ le dit rail, d’ailleurs très facile
à fabriquer en quelques instants, n’importe
où, car ce n’est pas autre chose qu’une
baguette de bois qu’on peut renforcer - ce
n’est pas indispensable - à la partie
supérieure par une lame de métal. Mais, par
contre, il a le gros avantage de permettre le
lancement sur un terrain absolument
quelconque, par suite de la facilité de
roulement, en un espace très court. Il ne
faut pas plus de 30 à 35 mètres, paraît-il,
tandis que le départ, avec les appareils
roulant sur le sol, demande environ trois
fois plus.
« Le moteur, détail curieux, n’est pas placé
dans l’axe de l’appareil, mais à droite,
juste en face de l’hélice de droite ; il
actionne l’hélice de gauche au moyen d’une
chaîne coudée. A ce moteur fait contrepoids,
à gauche de l’axe, l’installation des
aviateurs. Elle se compose de deux sièges en
bois qui sont tout simplement placés sur la
tranche avant du plan inférieur. Ces sièges
peuvent être déplacés, afin de maintenir
l’équilibre suivant le poids des aviateurs et
suivant que le vol a lieu avec une ou deux
personnes.
« Ce moteur est des plus rustiques ; il a été
construit par les frères Wright eux-mêmes, il
y a quatre ans; il ne comporte aucun
roulement à bille et donne une grande
impression de solidité et de bon
fonctionnement. Il pèse 75 kilos pour une
force de 25 à 30 chevaux. Celui que nous
allons voir est d’ailleurs identiquement le
même que celui qui a servi aux fameuses
performances de 1905; il a seulement subi
quelques petites modifications : il a, en
particulier, maintenant 106 d’alésage au lieu
de 103.
« En résumé, l’appareil des frères Wright est
un engin très sérieux, solide en même temps
que souple, très ingénieusement établi, d’une
perfection d’exécution inouï et comportant
plusieurs particularités du plus haut
intérêt. On comprend, en le voyant, que les
frères Wright aient pu prendre une avance si
souvent contestée, mais maintenant moralement
inouïe et comportant plusieurs particularités
du plus haut intérêt. On prouvée et dont nous
allons bientôt pouvoir nous-mêmes juger
publiquement. L’appareil Wright est, à
l’heure actuelle, presque entièrement monté
dans l’usine de M. Léon Bollée; il va
procéder à quelques essais au point fixe et
autres, puis à des expériences à caractère
tout à fait privé. Dès que tout sera mis au
point, dans quelques semaines, il commencera
ses vols officiels et publics.

« La première expérience de l’Aviateur
Wright ».
La Sarthe 8 août 1908 2è édition
« M.
Wilbur Wright a fait, aujourd’hui vers six
heures et demie du soir, sur le champ de
courses des Hunaudières, une première
expérience qui a été couronnée d’un plein
succès. Dès le premier essai, l’aéroplane,
dirigé par M. Wilbur Wright, s’est élevé dans
les airs.
Il a décrit, se tenant à une hauteur de 15 à
20 mètres, trois cercles complets, parcourant
ainsi environ 3 kilomètres et demi, en 1
minute 46 secondes, et est venu très
facilement, presque sans secousse, atterrir à
20 mètres de son point de départ ;
l’atterrissage n’a pas occasionné à
l’appareil la moindre avarie. Une centaine de
personnes y assistaient, parmi lesquelles M.
Archdéacon, M. M. Blériot, l’aviateur Gasnier
d’Angers, membres de l’Aéro Club de
France, qui s’est signalé, l’an dernier,
dans l’épreuve de la Coupe Gordon Bennett; M.
Zens qui, la semaine dernière, a commencé des
expériences avec un appareil de son
invention, et quelques représentants de la
presse française, allemande, américaine,
anglaise. Ils ont chaleureusement applaudi M.
Wright.
« Il prend place seul dans son appareil ; les
hélices sont mises en mouvement, le poids de
lancement tombe; l’appareil progresse
rapidement sur son rail de bois et s’élève
majestueusement dans l’espace ; il plane.
M.Wright marche d’abord droit suivant une
ligne perpendiculaire aux tribunes ; on croit
qu’il va simplement s’arrêter au bois de
sapins qui clôt le champ de courses. Mais
non, il vire à angle droit, décrit un cercle
complet, qui l’amène presque au-dessus des
spectateurs. Il continue sa courbe. M.Wright
décrit ainsi trois cercles complets, faisant
des virages presque à angle droit avec une
sûreté absolue, sans hésitation, sans
secousse, tantôt s’élevant un peu pour
franchir un bouquet d’arbres, tantôt se
rapprochant du sol. Le spectacle est
tellement impressionnant, tellement
saisissant que les spectateurs applaudissent
avec frénésie. Enfin son troisième cercle
parcouru, M.Wright descend lentement,
doucement, et l’appareil vient se poser sur
le sol, comme un oiseau, à 20 mètres environ
de son point de départ. M.Wright est
tellement sûr de sa manoeuvre, qu’il descend
de façon à raser, à frôler le hangar du pari
mutuel. Il aurait pu atterrir exactement à
son point de départ, sans la présence du
pylône, qui rendait cet atterrissage
absolument impossible.
« Au diable la consigne ! Les spectateurs,
enthousiasmés, ne peuvent plus se tenir et
envahissent la pelouse, entourent M.Wright,
l’acclament, lui donnent des poignées de
mains ; on l’aurait volontiers porté en
triomphe. M.Wright reçoit les félicitations
avec sa courtoisie ordinaire, mais aussi avec
son flegme habituel.
« Le départ avait eu lieu à 6 heures 25,
l’expérience avait duré exactement 1 minute
46 secondes, durant lesquelles M.Wright a
parcouru environ 3 kilomètres et demi, se
maintenant à une hauteur d’environ 15 à 20
mètres. Ces résultats, obtenus dès la
première tentative, avec un appareil dont le
montage venait à peine d’être terminé, sont
absolument magnifiques. Ils suffisent, dès
maintenant, à démontrer l’excellence de
l’appareil de M.Wright. Après un tel début,
il est certain que les vastes expériences que
M.Wilbur Wright compte tenter seront d’un
intérêt palpitant ».
12 Août 1908
« M.Wright a fait hier soir une nouvelle
expérience avec un plein succès. Il a décrit
trois grands cercles, à 65 kilomètres à
l’heure environ. Le vol a duré 3 minutes 45
secondes.
« Ce matin, vers huit heures, nouvelle
expérience. Le vol, cette fois, a duré 6
minutes 56 secondes 2/5, temps chronométré
par l’Aéro Club de la Sarthe. Le vent
Nord avait une vitesse de 17 kilomètres à
l’heure. On a constaté que M.Wright
manoeuvrait avec beaucoup plus de sûreté qu’à
ses précédents essais. La hauteur qu’il a
atteinte était également supérieure. M.
Kapferer, ingénieur du dirigeable la
Ville-de-Paris assistait à cette
expérience ».
13 Août 1908
L’AVIATEUR WRIGHT
L’après-midi aux Hunaudières (12 Août)
« Dès le commencement de l’après-midi, hier,
la foule commence à affluer, énorme, vers le
champ de courses que l’on pourra désigner
maintenant d’une manière plus appropriée,
sous le nom d’aérodrome des Hunaudières.
Parmi les spectateurs des tribunes, on
remarque Mlle Pierpont-Morgan, fille du
milliardaire américain, et Mlle Berthe
Murray, fille du grand éditeur de New
York. Vers quatre heures, M. Le docteur Poix,
médecin de l’aviateur, vient examiner son
bras, qui est aujourd’hui à peu près guéri.
Disons à ce propos que l’état de M.Wright ne
s’était aggravé que parce qu’il avait
substitué ses propres soins à ceux de l’homme
de l’art. Ce dernier s’étant aperçu de cette
imprudence, a remis les choses au point et
l’inventeur s’en est fort bien trouvé,
puisque sa brûlure est maintenant cicatrisée.
« A 6 heures 35, qui est le moment de la
journée préféré par M.Wright pour s’envoler
dans l’espace, l’aviateur s’installe dans sa
machine, et, à 6 heures 36, l’aéroplane
bondit, vire gracieusement à une hauteur
d’environ 12 mètres et commence à décrire un
vaste cercle autour de la piste. Après un
demi-tour, l’atterrissage se fait non loin du
point de départ. Le vol a duré 40 secondes.
La distance franchie peut être évaluée à 700
mètres. L’aéroplane est replacé rapidement
sur le rail, le contrepoids est monté, et à 6
heures 55 a lieu un second vol. Wilbur Wright
vire avec son habileté accoutumée, et fait
une course magnifique autour de la plaine. Au
milieu de la seconde circonférence, il
interrompt son moteur et, après avoir plané
une dizaine de secondes, vient atterrir sans
à-coup à quelques pas du pylône. La distance
franchie a été, cette fois de 1 700 mètres,
la moyenne de l’altitude de 12 mètres, le
temps de 1 minute 44 secondes 2/5. L’ovation
quotidienne a accueilli M.Wright.
« Si les vols de ce soir, a dit M. Léon
Bollée, ont été plus courts que celui de ce
matin, cela dépend seulement de l’aviateur,
qui aurait parfaitement pu, s’il l’eût voulu,
fournir une carrière beaucoup plus
longue. Mais M.Wright est légèrement fatigué;
d’autre part, il n’a pas l’intention de
procéder à de très longs essais. En outre M.
Wilbur Wright a fait cette déclaration:
« En Amérique, notre appareil avait quatre
leviers et nous en faisions fonctionner
chacun deux, mon frère et moi. Mon frère ne
m’ayant pas accompagné j’ai dû supprimer deux
leviers et faire exécuter par les deux qui
restent le travail de quatre; pour les
manoeuvres, je suis forcé de faire agir mes
bras simultanément en sens inverse; il en
résulte une dissociation de force et une
complexité de direction, qui sont assez
gênantes et auxquelles il faut un certain
temps pour s’accoutumer ». Miss
Pierpont-Morgan a tenu à féliciter
personnellement l’aviateur après son deuxième
essai.
Magnifique envolée, ce matin, aux
Hunaudières.
13 Aoùt
L’aviateur franchit une distance de
dix kilomètres. Au cours d’un second essai,
l’aéroplane a une aile brisée.
« Les expériences de M. Wilbur Wright ont
été marquées, ce matin aux Hunaudières, par
un regrettable accident matériel qui aura,
pour conséquence, l’interruption, pendant
plusieurs jours, de ces essais si
passionnants. Nos lecteurs vont en trouver,
ci-dessous, les détails complets.
« A 6 heures et demie, l’aéroplane était
sorti du hangar et transporté près du pylone,
sur son rail de lancement. A 7 heures 2 il
s’envolait. Il ne nous avait pas encore été
donné d’assister à une aussi magnifique
randonnée. Virant avec sa maëstria maintenant
bien connue, l’inventeur américain a fait
sept fois le grand tour du champ de courses,
planant à une hauteur d’au moins 25 mètres.
Son appareil passait comme un grand oiseau
blanc bien au-dessus de la ligne verte dont
les sapins encerclent la plaine, et les
spectateurs-du reste peu nombreux, n’avaient
pas assez de mains pour applaudir ni de
bouches pour acclamer. Wilbur Wright a ainsi
volé pendant 8 minutes 13 secondes 2/5,
franchissant une distance d’environ 10
kilomètres. L’atterrissage a été merveilleux
comme toujours. On espérait que le second
essai, dont M.Wright activait les
préparatifs, serait encore plus
impressionnant. Mais une déception cruelle
nous attendait. A 7 heures 30 minutes 20
secondes, seconde envolée, superbes virages,
altitude de 30 mètres. L’aviateur est en
train de boucler le second tour de piste,
lorsqu’il se met en devoir d’atterrir, après
2 minutes 20 secondes de course. Il coupe son
allumage à plus de 80 pieds de hauteur, le
moteur se tait et l’aéroplane commence à
descendre suivant un plan incliné avec une
grâce incomparable. Mais arrivé peut-être à
10 mètres du sol, Wilbur Wright aperçoit, à
une vingtaine de mètres en avant, une
fondrière assez profonde. Ne voulant pas y
atterrir il se décide à virer à gauche.
Malheureusement-suivant la déclaration qu’il
en a faite lui-même ensuite-il fait une
fausse manoeuvre de leviers, d’où il s’ensuit
que au lieu de redresser l’appareil du côté
droit il continue à incliner vers la gauche.
L’aéroplane prend alors une position
légèrement oblique par rapport à la terre,
dont il n’est séparé que par quelques mètres
et l’aile du côté gauche qui a son extrémité
ainsi dirigée vers le bas, vient heurter
violemment le sol. Un craquement sinistre
retentit. C’est l’armature en bois de l’aile
qui vient de se briser complètement.
« Les assistants ont poussé un cri
d’angoisse, car on craint que M.Wright ne
soit grièvement blessé. Par bonheur il n’en
est rien. L’aviateur qui n’a aucun mal, sort
posément de son aéroplane. Aucune trace
d’émotion ne s’aperçoit sur son visage
flegmatique. Même sur ses lèvres erre un
sourire tranquille qui, dans la circonstance,
est une preuve vraiment admirable de
sang-froid. Cependant, MM O’Berg, Léon Bollée
et tous les amis de M.Wright se sont
précipités vers lui ayant au coeur la
mortelle inquiétude que l’on conçoit. Mais il
les rassure, tout en souriant. L’aile seule
est brisée, mais les deux gouvernails, les
hélices et le moteur sont absolument
indemnes. Les réparations nécessaires
exigeront plusieurs jours. L’aviateur en
effet, on le sait déjà, fait tout par
lui-même, et nul autre que lui ne pansera la
blessure du merveilleux aéroplane. Sur
les lieux ce matin, nous avons remarqué à
nouveau la présence de miss Pierpont Morgan,
la fille du milliardaire américain; de M.
Kapferer le constructeur du dirigeable
Ville de Paris et de M. Surcouf le membre
bien connu de l’Aéro-Club de France.
Ce dernier, récemment encore, était
d’avis-comme la plupart de ses collègues que
Wilbur Wright était un vulgaire bluffeur.
Mais véritablement émerveillé par les
expériences d’aujourd’hui, il a fait
complètement volte-face et a déclaré :
« Ce que j’admire surtout en cet homme,
c’est qu’il a inventé la chose la plus
merveilleuse du monde de la façon la plus
simple qui soit, alors que ses rivaux en
aviation ont toujours cherché le plus
compliqué pour obtenir un résultat moindre ».

La Sarthe 18 août 1908
Les expériences de M.Wilbur Wright
« Les bruits les plus divers circulant en
ville, au sujet du prochain départ de M.
Wilbur Wright pour le camp d’Auvours, un de
nos reporters est allé, ce matin, interviewer
M.Léon Bollée qui très aimablement lui a
fourni les renseignements suivants :
« Il est exact que M.Wright a fait construire
un hangar au camp d’Auvours, après en avoir
obtenu l’autorisation de l’autorité
militaire. Ce hangar, commencé la veille de
l’accident de l’aéroplane, c’est à dire le
mercredi 12 août, est terminé depuis quatre
jours. Il est absolument sur le même modèle
que celui du champ de courses des
Hunaudières. Détail qui ne manque pas
d’originalité : la chambre à coucher de
M.Wright est située dans la charpente et ne
comporte pas de plancher !
Le nouveau hangar est placé auprès du pylône
en fer à droite du champ de tir, sur le bord
de la route militaire, parallèle à celle de
Saint-Calais. Il se trouve à 100 mètres de
cette route et à environ 800 mètres au delà
de la route allant de Saint Hubert à la gare
de Champagné. Le hangar n’est pas sur le
champ de tir lui-même, mais dans une
clairière de jeunes sapins. De tout
temps, il est entré dans les intentions de
M.Wright de faire ses grands vols au-dessus
du camp d’Auvours, car il y a impossibilité
matérielle, au-dessus des Hunaudières, de
contrôler la distance parcourue et on devait
se contenter à chaque expérience de prendre
la durée du vol. Il est probable qu’au camp
d’Auvours le parcours sera défini par deux et
plus probablement par quatre piquets de
virage en dehors desquels M.Wright devra
virer, la distance étant seulement comptée de
piquet à piquet. M.Wright se propose du
reste, très prochainement de concourir pour
le prix de 25 mètres de hauteur, l’épreuve
consistant à passer au-dessus d’une rangée de
petits ballons maintenus par une corde de 25
mètres, sans que l’aéroplane touche ces
petits ballons. Plusieurs fois aux
Hunaudières, l’aviateur a dépassé cette
hauteur, mais elle n’a pas été officiellement
contrôlée. Tous les vols de M.Wright seront
contrôlés officiellement, au point de vue
sportif, par l’Aéro-Club de la Sarthe
qui est affilié à la Fédération aéronautique
internationale. Les deux grands vols annoncés
de 50 kilomètres seront en outre vérifiés par
une commission nommée par M.Lazare Weiller,
et dont font partie, en tant que
scientifiques, M.Léautey, de l’Institut, et
M. Léon Bollée.
22 Août
« Les taxis-autos font le service entre
l’octroi de la route de Paris et SaintHubert,
à l’entrée du camp d’Auvours, au prix de 2
francs par personne » Un service de voitures,
organisé par « Les Mancelles » part
tout les jours de la place de la République,
près le café du Commerce, à 4 heures, pour le
camp d’Auvours. La Direction a eu le soin
d’examiner l’endroit propice pour bien voir
et y déposer les voyageurs. Aussi hier soir,
les centaines de curieux accourus, par tous
les moyens de locomotion imaginables n’en
ont-ils pas été pour leurs frais ! Vers 5
heures trente, Wilbur Wright, dont l’humeur
variable semble être aujourd’hui au beau
fixe, fait preuve d’une activité soudaine,
dont il semble bien qu’une envolée va
résulter. MM Bollée, Pellier et Jamin - ses
aides habituels - s’empressent; on tire sur
la corde du contre-poids; on essaie le
moteur.
« A 5h48, Wilbur Wright pénètre dans
l’aéroplane, s’installe devant ses leviers
et, à 5h50 exactement, l’appareil projeté par
le déclenchement coutumier, s’enlève. Après
des virages audacieux, mais magistralement
exécutés, l’homme-volant atterrit, non loin
de son point de départ à 5h51minutes, 49
secondes. Le vol a duré 1 minute 49 secondes
1/5 (chronométrage officiel). La distance
parcourue a été d’environ 2 kil.200 mètres;
l’altitude moyenne atteinte, de 8 mètres.
Après cette envolée, l’homme-volant a été
chaudement félicité par un officier supérieur
français de ses amis qui, en 1905, avait
assisté à ses expériences d’aviation en
Amérique.
L’Echo de Paris écrit à ce sujet le 22
août 1908 :
« On peut se demander comment Wright peut
compter des amis parmi nos officiers
supérieurs. L’histoire vaut la peine d’être
dite. En 1905, le ministre de la guerre,
ayant été mis au courant des essais
d’aviation des frères Wright, envoya une
commission technique pour assister à leurs
expériences. Cette commission avait pouvoir
d’acheter l’appareil pour une somme de 600
000 fr., mais à deux conditions : 1° qu’il
planerait à une hauteur d’au moins 300
mètres, et 2° qu’il accomplirait un parcours
minimum de 50 kilomètres. Les frères Wright
demandèrent un million; mais ils ne purent
remplir les deux conditions imposées par le
ministre, et le marché n’eut pas de suite. Un
second départ a été effectué ce même jour par
Wilbur Wright à 6 heures 22 minutes. La durée
du vol, cette fois, a été de 2 minutes 14, la
distance parcourue de 3 kilomètres et demi.
L’aviateur a dépassé 25 mètres de hauteur.
Ses virages ont été merveilleusement exécutés
et son atterrissage, de même que le premier,
s’est opéré avec une incomparable douceur.
Le Nouvelliste de la Sarthe du 4 septembre
1908
LE VOL DU 3 SEPTEMBRE
« Hier après midi, le temps étant clair et
l’air calme, Wilbur Wright a sorti son
appareil du hangar vers cinq heures. Après
l’avoir fait transporter sur le rail de
lancement, il a commencé par essayer assez
longuement son moteur et à six heures onze
minutes l’aéroplane bondissait dans l’espace.
Malheureusement, presqu’au même instant le
vent se levait et dès le début de l’envolée
l’anémomètre accusait une vitesse moyenne
d’environ 19,600 kilomètres à l’heure.
L’aviateur a poursuivi son expérience quand
même, tournant de gauche à droite. Il a
d’abord parcouru les trois quarts de la piste
et bientôt son grand oiseau blanc n’a plus
été, dans le lointain verdi par les
sapinières, qu’un nuage gracieux et mouvant,
revenant ensuite vers le pylône.
La Sarthe 5 septembre 1908
LE VOL DU 4 SEPTEMBRE
« De très bonne heure ce matin, M.Wright a
sorti son aéroplane du hangar et à 7h20 tout
était prêt pour tenter une expérience. A 7h22
exactement, M.Wright prenait son essor et
s’enlevait dans les airs. Il a pu effectuer
un magnifique vol d’une durée de 19 minutes
48 secondes 2/5, officiellement chronométré
par l’Aéro Club de la Sarthe. Ce vol a
été d’une rectitude et d’une précision
remarquables. La distance parcourue a été
évaluée approximativement à 23 ou 24
kilomètres. A 9h30 après avoir remis son
appareil en bon état de marche - les soupapes
du moteur étaient légèrement encrassées-
M.Wright ramenait l’aéroplane sur son rail et
procédait à un second vol. Mais à ce
moment le vent s’était un peu levé; il
soufflait en moyenne à une vitesse de 3
mètres à la seconde et par instant jusqu’à 10
m/s. M.Wright avait déjà décrit deux ellipses
de un kilomètre de longueur chacune et
terminait la troisième lorsque l’aéroplane
fut poussé par une rafale trop près des
arbres pendant qu’il exécutait un virage.
M.Wright voulut alors réduire le rayon de la
courbe qu’il avait commencé à décrire, et
dans ce but il avait incliné davantage son
appareil. Mais comme il volait trop près de
terre, l’extrêmité de l’une des grandes ailes
s’est brisée en heurtant le sol. M.Wright a
de suite arrêté son moteur pour atterrir,
puis l’appareil a été ramené sous le hangar
pour être réparé.
Au cours de cette seconde expérience, M. Léon
Bollée avait mesuré la vitesse de l’appareil
en plein vol; il avait placé deux
commissaires, MM Paul Jamin, vice-président,
et M. Le Baron de Sennevoix, membres de
L’Aéro Club de la Sarthe à 600 mètres
l’un de l’autre, et les avait chargés de
faire des signaux au moment où l’appareil
passait au-dessus d’eux; M.Léon Bollée
prenant alors le temps écoulé entre deux
signaux avait pu facilement chronométrer la
vitesse en vol. Ce temps a été de 37 secondes
entre chaque signal. Si on tient compte du
vent régnant par le travers et produisant une
dérive, on arrive à une vitesse qui doit être
sensiblement supérieure à 60 kilomètres à
l’heure, puisqu’elle a été de 57 kil.890
mètres, en ne tenant pas compte de la dérive.
Le Nouvelliste de la Sarthe 16 septembre
1908
CE MATIN AU CAMP D’AUVOURS
WRIGHT A BATTU TOUS SES PRECEDENTS RECORDS
« M.Wright s’est enlevé à 8h10 et, temps
chronométré officiellement par M.Léon Bollée,
Président de L’Aéro Club de la Sarthe,
est resté en l’air pendant 39 minutes 18
secondes 2/5, couvrant une distance d’environ
42 kilomètres à l’altitude moyenne de 15
mètres. Le record de 29 minutes 35 secondes
4/5 établi à Issy-Les-Moulineaux il y a
quelques jours par M.Delagrange est battu.
PREMIER PASSAGER FRANÇAIS
« Au lieu de tenter un vol de durée,
l’aviateur voulut, pour la première fois
depuis qu’il est en France, essayer un vol
avec un compagnon à bord. M.Wright offrit
donc à M.Ernest Zens, un aviateur français
connu, de l’accompagner, offre qui fut,
naturellement acceptée avec enthousiasme.
Ecoutons M.Zens :
« J’ai été surpris de la vitesse avec
laquelle l’appareil s’est lancé sur le rail
dès le déclenchement, vitesse qui m’a rejeté
en arrière. J’ai très nettement senti le
« cabrage » de l’aéroplane au moment où il a
quitté le rail, mais il me semblait toujours
que l’appareil portait ou plutôt glissait sur
quelque chose de solide. Je n’ai jamais eu
l’impression de la hauteur et je n’ai jamais
cru avoir dépassé 4 mètres, bien que nous
soyons montés, paraît-il, à une hauteur de 12
à 15 mètres. L’impression dans les virages, a
déclaré M.Zens, est très nettement celle
qu’on ressent en automobile lorsque le moteur
dérape.
« A ce moment le vent de côté est très
perceptible. J’ai eu plutôt dans l’ensemble
l’impression de roulement en automobile que
de planement, impression qui venait sans
doute des trépidations et du bruit du moteur.
Je me serais cru dans les lignes droites sur
une automobile montant presque péniblement
une interminable côte et donnant l’impression
que la totalité de la force était employée. A
côté de cette impression, existe l’impression
de vitesse qui est très réelle.
« Je n’ai rien compris aux manoeuvres des
leviers de M.Wright, a ajouté M.Zens, je ne
suis d’ailleurs pas resté assez longtemps
dans l’appareil pour cela. J’ai eu pendant
tout le temps qu’a duré l’expérience,
l’impression d’entière sécurité »
[1].
La Sarthe 18 septembre 1908
L’ACCIDENT DE SON FRÈRE ORVILLE AUX USA
« Voici de quelle façon l’accident de
M.ORVILLE Wright a été connu à Auvours :
Cette nuit, M. Hart O’Berg a reçu une
communication de M. Lazare Weiller, qui
venait d’apprendre qu’il était arrivé un très
grave accident à l’aéroplane de M.Orville
Wright, à Fort Myers(Virginie).
« Quelques instants après, M. Berg recevait
une dépêche de Washington lui annonçant la
même nouvelle mais sans donner aucun détail
sur la nature ou la gravité de l’accident.
« Il fut immédiatement décidé entre MM.
O’Berg et Weiler qu’il y avait lieu de
prévenir les invités de Paris que les
expériences d’aéroplane n’auraient très
probablement pas lieu aujourd’hui à Auvours.
Parmi les personnes invitées se trouvaient
M.Barthou, ministre des Travaux publics et
l’ambassadeur des Etats-Unis. M.Wilbur Wright
a déclaré qu’il considérait comme impossibles
les bruits qu’une hélice se serait brisée et
qu’il croyait plutôt à l’arrêt subit d’une
des hélices par suite de la rupture de la
chaîne. L’aviateur pensait que son frère,
gêné dans ses mouvements par son passager
n’avait pu stopper son moteur pour descendre
en planant.
Le Nouvelliste de la Sarthe 22 septembre
1908
L’AVIATEUR A BATTU HIER TOUS LES RECORDS
DU MONDE
« La
soirée du 21 septembre 1908 marquera une date
inoubliable dans les annales de l’aviation
car M.Wilbur Wright triomphant cette fois
glorieusement des forces de la nature
hostile, a fait ce qu’aucun homme n’avait
jamais accompli. Le célèbre américain a
évolué dans l’espace pendant plus d’une heure
et demie, couvrant la distance énorme
d’environ quatre-vingt-dix kilomètres et
battant avec une maëstria magnifique tous les
records du monde. La science a donné
aujourd’hui un coup d’aile de géant. D’après
les contrôles officiels M.Wright a parcouru
soixante six kilomètres six cent mètres mais
avec les courbes des virages, non décomptées,
le trajet en réalité se rapproche de 90 km.
Parmi les invités, on remarquait MM Henry
White ambassadeur d’Amérique à Paris et son
fils; Davila secrétaire de l’Auto-Club de
Roumanie à Bucarest; Arnoldan Fordyce; le
prince de Beauvau de Lambert; le capitaine
Guignard attaché à l’ambassade des
Etats-Unis; d’Auriac, Doumergues, Léon
Bollée, Pellier, Jamin,etc. Voici le texte du
procès-verbal officiel relatif au vol du 21
septembre :
PROCÈS-VERBAL
Records du monde de Wilbur Wright au
Mans-Auvours
Record de durée : 1h 31mn 25s 4/5. Record de
distance : 66 km.600 (33 fois le tour du
triangle mesuré 2 000m, plus 300m du dernier
virage à l’atterrissage) Le départ a eu lieu
à 5h 17 mn et l’arrivée à 6h 48mn 25s 4/5.
Dans l’heure la distance couverte a été de 45
km.300.
Prix de la Commission d’Aviation et Prix
Michelin
Du premier poteau franchi en plein vol avant
le coucher du soleil, soit à 6h 7mn 36s 1/5 :
38 km soit 19 passages à chacun des trois
sommets du triangle et de même côté. L’heure
du coucher du soleil à Paris était de 6h 0mn
0s. A cause de sa longitude Ouest de 2° 8’
19’’, l’heure du Mans est en retard sur le
temps de Paris de : 8mn 33s. Ce qui donne
comme heure du coucher du soleil au Mans : 6h
8mn 33s. Fait au Mans, le 21 septembre 1908.
Ont signé : MM Léon Bollée, A.Davila,
G.Durand, René Pellier, François Peyrey, Paul
Rousseau, Paul Tissandier, Ernest Zens, Paul
Zens.
Le Nouvelliste de la Sarthe 25 septembre
1908
DISCOURS DE LÉON BOLLÉE DU 24 SEPTEMBRE
(extraits)
Messieurs,
« Au cours d’un déjeuner d’amis, il y a un
an environ, nous jetions quelques camarades
Pellier, Jamin, Durand, Singher, Carel,
Gaulier, Verney et moi, les bases de
l’Aéro-Club de la Sarthe. Nous étions loin de
nous douter ce jour là que l’idée aérienne
ferait dans notre beau pays de si rapides
progrès. Je ne veux pas vous retracer
l’histoire de l’aviation, vous la connaissez
tous, vous savez comment MM. Wright, dès
1903, résolurent ce problème déclaré
insoluble, ce problème devant lequel la
nature elle-même avait reculé, puisqu’elle
n’avait jamais su faire de grands oiseaux.
Vous savez comment ayant tenu leur invention
secrète, leurs magnifiques expériences de
1903, 1904 et 1905 furent mises en doute,
malgré les témoignages de quelques témoins,
les enquêtes minutieuses de M. Robert
Coquelle et de mon ami Fordyce.
« Ce n’est qu’en novembre 1906, lorsque
Santos-Dumont avec sa belle audace, s’éleva
dans son aéroplane 14 bis que quelques
esprits larges comprirent que ce qui était
possible au deçà de l’Atlantique était
possible au-delà et ils crurent aux frères
Wright. Il y crurent d’autant plus que les
belles expériences de MM. Voisin, Archdéacon,
Delagrange, Farman, Blériot, etc, montraient
magistralement la possibilité du problème.
Cependant beaucoup persistaient à traiter
d’énigme les expériences des frères Wright.
Mon plus vif désir était de voir se faire la
lumière sur ce point d’histoire de façon à
rendre indiscutable le fait que les frères
Wright avaient volé les premiers.
« Lorsque le 2 juin dernier, j’appris, par
une note parue dans L’Auto que Wilbur
Wright arrivait en France chez mon ami Hart
O’Berg, je pris le parti de tout mettre en
oeuvre pour essayer d’amener dans notre
région le célèbre aviateur américain. J’eus
l’immense plaisir de voir accueillir
favorablement l’offre que j’avais faite à
M.Berg de mettre à la disposition de Wilbur
Wright mon usine, plusieurs terrains et le
concours dévoué de L’Aéro-Club de la
Sarthe. Depuis les événements se sont
précipités. Le 8 août par un vol magnifique,
Wilbur Wright montrait aux sportsmen réunis
aux Hunaudières la preuve indiscutable des
vols passés. Chaque jour nous a montré
quelque chose de plus surprenant que la
veille.
Avec une ténacité, je dirai même avec un
entêtement merveilleux, M.Wright a suivi le
programme qu’il s’était tracé, et il vient de
réaliser ce prodige de parcourir en l’air un
trajet réel d’environ 90 kilomètres en une
heure et demie. Quelle réponse magistrale
n’a-t-il pas donnée à tous ceux qui ont
prétendu le juger sans l’avoir vu. Celui-ci
critiquait l’hélice, celui-ci critiquait les
ailes, celui-ci critiquait le moteur. Tout
était soit-disant défectueux et cependant
l’exemple est là, tout a merveilleusement
fonctionné. Je n’avais pas la compétence
voulue pour les ailes et pour les hélices,
mais du jour où j’ai vu le moteur, j’ai
toujours soutenu, envers et contre tous, que
ce moteur était bon et que chacun le verrait,
le jour où le réglage convenable lui aurait
été fait. M.Wright l’a merveilleusement
exécuté, lorsqu’il a été bien au courant de
sa nouvelle installation d’allumage
électrique qu’il n’avait pas en Amérique, et
lorsqu’il a eu nettoyé méthodiquement son
moteur. Pour les ailes et les hélices, il est
superflu de dire que tout était parfait,
puisqu’avec un moteur faible, en réalité il
vient d’exécuter des choses aussi
merveilleuses.
« La nature n’avait pas su faire de grands
oiseaux, mais elle avait su créer les frères
Wright, les deux hommes à qui l’humanité doit
la si prodigieuse découverte. Ce record du
monde, conquis le lendemain de l’accident de
Fort Myers est une immense consolation pour
le blessé. Nous fêtons ce soir,M.Wilbur
Wright, mais je vous propose d’envoyer un
télégramme à son frère, pour lui dire que par
la pensée nous l’associons à ce triomphe et
que nous espérons que bientôt il reprendra sa
marche vers le succès. Nous avons désiré, ce
soir, en l’honneur de M.Wilbur Wright décorer
notre salle avec des drapeaux américains.
Nous avons failli n’en pas trouver et je m’en
serais presque félicité car M. Wilbur Wright
est un des hommes qui appartiennent au monde
entier, et la science, quand elle est aussi
belle n’a pas de patrie. Du reste l’accueil
que M.Wilbur Wright a rencontré en France
fait de notre pays une seconde patrie pour
lui. Et il le disait fort joliment il y a
quelques jours lorsqu’en réponse aux
acclamations dont il venait d’être l’objet,
il exprimait en termes émus toute sa
reconnaissance se déclarant fier de voir que
Le Mans l’avait en quelque sorte adopté pour
un de ses enfants.
« Nous devons associer au succès de
M.Wright ceux qui ont su lui prêter un large
concours. J’ai le plaisir de voir ici mon ami
Hart O’Berg que vous connaissez tous trop
bien pour qu’il ne soit pas superflu de
rappeler sa si intelligente et aimable
activité. Je regrette l’absence bien
involontaire de M.Lazare Weiller, de M. Henry
Deutsh dont l’histoire de l’aviation
conservera les noms, car ils sont de ces
hommes trop rares qui savent aider le génie.
« Je lève mon verre,
Messieurs, à notre camarade du club M.Wilbur
Wright, à son frère Orville Wright, aux
aviateurs français qui marchent si dignement
dans la voie brillante qui leur a été
ouverte, je bois à la gloire de l’aviation..
(Salves d’applaudissements).
Le lendemain, Wilbur Wright réussissait une
envolée de 36 minutes 14 secondes 3/5 à une
hauteur moyenne de 15 mètres, couvrant
environ 35 kilomètres. Etaient présents MM
Lazare Weiller; Archdéacon; René Quinton
Président de la Ligue Aérienne;
Dausser ancien président du Conseil municipal
de Paris; Mascart président de la compagnie
des taximètres de Paris,etc.
« D’assez vifs incidents se seraient produits
entre M.Archdéacon - peu favorable à Wilbur
Wright - et plusieurs fervents admirateurs de
celui-ci. Ajoutons encore qu’un pari de 3 000
F a été engagé entre deux sportsmen : l’un du
camp de Wilbur, prétendant que l’aviateur
accomplira un vol de 3 heures avant 3
semaines; l’autre du camp contraire affirmant
la chose impossible. On verra bien »
L.Bindel.
25 septembre 1908
PRIX OU MÉDAILLE, LE CONSEIL GÉNÉRAL DE LA
SARTHE BALANCE
« M. d’Estournelles a déposé un vœu tendant à
ce que :
« 1° le gouvernement encourage par
l’affectation d’un crédit spécial, les
progrès de la navigation aérienne, 2° que le
département de la Sarthe et la ville du Mans
se concertent sur les mesures à prendre et,
s’il y a lieu, sur les sacrifices à consentir
pour encourager et récompenser les belles
découvertes dont la Sarthe a l’honneur d’être
le champ d’expérience. La commission des
routes ayant rejeté, la commission des objets
divers propose de voter à l’Aéro-Club de
la Sarthe une subvention de 500 francs
répondant au sentiment des populations,
heureuses que notre région ait été choisie
comme champ d’expérience de l’aviation.
« Le comte Roger de Nicolay déclare qu’il est
loin d’être hostile aux expériences
d’aviation, puisqu’au contraire, en sa
qualité de président de la Société des
courses du Mans, il a été heureux de mettre
le champ de courses à la disposition de
l’aviateur. Mais il trouve trop mesquine la
somme de 500 F proposée, alors que des sommes
beaucoup plus importantes ont été affectées à
cet objet. Dans ces conditions, M. De Nicolay
considère comme suffisant d’offrir une
médaille. M. d’Estournelles répond qu’il ne
s’agissait pas de récompenser les aviateurs
mais de leur témoigner la bienveillance du
département et son intérêt pour ces sortes
d’expériences.
M. Le Chevalier, Président du Conseil général
: « D’ailleurs nous ne pouvons pas voter une
médaille puisqu’il n’y a pas de concours ».
M.de Nicolay réplique que s’il a proposé une
médaille, c’est parce que cette récompense
lui paraissait plus honorable et plus
flatteuse pour les aviateurs que la somme de
500 F proposée.
M. Le Chevalier : « Mais il n’est question de
récompenser personne, mais seulement de
donner une subvention à une organisation qui
n’est encore qu’en germe et je crois que la
Société de l’Aéro-Club sera satisfaite
de cette subvention! ».
La Sarthe 29 septembre 1908,
interview de Paul Tissandier par L.Bindel
« C’est vraiment à n’y pas croire, dit
Tissandier. Les détracteurs des frères Wright
ne se rendent pas compte de l’immensité de
leur erreur. Ils changeraient immédiatement
d’avis s’ils pouvaient, pendant quelques
minutes, comme moi, tout à l’heure, s’envoler
dans cet admirable engin.
- Vous avez ressenti beaucoup d’émotion ? -
Oui, mais une émotion qui n’avait rien de
commun avec la peur! - Alors vous aviez une
impression de sécurité? - Absolue! - M.Ernest
Zens avait éprouvé la sensation de violents
dérapages. Quel a été l’effet produit sur
vous?
« Presque nul à ce point de vue. Une seule
fois, dans un virage, j’ai ressenti d’une
façon très atténuée du reste, ce défaut
d’équilibre qui résulte d’un dérapage, mais
ç’a été en somme très bref et peu gênant -
Votre impression de vitesse ? - Soixante
kilomètres à l’heure ! - La stabilité? -
Incroyable! - Vous êtes alors content? - Si
content que les trois semaines que je viens
de passer au Mans m’ont procuré un plaisir
auquel j’aurais de tout mon cœur sacrifié
trois mois, et pourtant...les sapins
d’Auvours!
« C’est sur cette fin très éloquente en sa
simplicité que s’est terminée ma conversation
avec M.Tissandier. Parmi les personnes qui
assistaient à l’expérience du jour, on
remarquait MM Cornu, inventeur d’un
hélicoptère; Lake, inventeur des sous-marins;
Ponton d’Amécourt, etc.
PHOTOGRAPHIES
La Sarthe expose dans ses bureaux de
nombreuses photographies de M.Wright prises
par M.Garczynski. L’une de ses photos - un
véritable tableau - lui a inspiré les vers
suivants :
Tel le roi des airs, tel qu’un
grand aigle noir,
Dans la pourpre et l’azur se
fondant jusqu’à l’ombre,
Insensible aux bravos de la
foule sans nombre
Il vole éperdument dans le calme
du soir!!!
La Sarthe 1er octobre
WILBUR WRIGHT N’A PAS VOLÉ
« L’aviateur est resté sur terre. Ayant
expérimenté hier matin son moteur au point
fixe à l’usine Bollée il avait constaté que
le réservoir d’huile fuyait quelque peu. Il
avait déduit qu’il ne pourrait tenir l’air
plus d’une heure et demie et, en conséquence,
avait arrêté sa résolution de ne pas voler.
Il l’a malheureusement tenue, au vif
mécontentement des 15 000 personnes qui,
affriolées par l’idée d’une expérience
supérieure à toutes les autres, avaient fait
du camp d’Auvours une véritable champ de
foire international. A noter parmi les
personnalités présentes MM Kapferer et le
capitaine Ferber.
DECLARATION DE M.LAZARE WEILLER
« Il est probable que dans une semaine ou
deux, Wilbur Wright quittera la France. On
peut dire qu’il a fait faire un grand pas à
l’aviation, mais il est probable que ni lui
ni ses concurrents, les Farman, les
Delagrange, etc, ne s’arrêteront en si beau
chemin. Un certain nombre de personnes
encouragent cette nouvelle science, qui n’en
est qu’à ses débuts et qui pourtant a fait de
si rapides progrès depuis un an. Parmi ceux
là, on peut placer en première ligne M.Lazare
Weiller, qui doit verser à Wilbur Wright une
somme de 500 000 F pour acquérir ses brevets
français.
Un de nos confrères lui a demandé quelles
étaient ses intentions du lendemain - Vous me
voyez assez embarrassé pour vous répondre,
dit M.Lazare Weiller; je ne suis pas fixé moi
même. Je me demande ce qu’il adviendra de ce
qui fut pour moi une fantaisie d’un jour, et
qui m’apparait maintenant comme une des plus
vastes et des plus fertiles conceptions que
l’on ait pu imaginer. Dites bien d’abord que
je ne donnerai jamais un caractère mercantile
à cette invention. Mes intérêts particuliers
seront toujours subordonnés à l’intérêt du
pays. Vous avez dû remarquer combien les
étrangers suivent attentivement les
expériences d’aviation. C’est que les
aéroplanes seront d’une telle utilité, en cas
de guerre et surtout de guerre navale que
l’on peut prévoir le jour où ils se
substitueront à tous les cuirassés du monde.
Songez un peu au résultat d’un engagement
naval pour le pays qui posséderait des
aéroplanes capables de voler en pleine mer et
de laisser tomber quelques kilos de dynamite
sur les navires de l’adversaire. L’avenir est
là, n’en doutez pas. J’ai déjà commandé à une
usine française une cinquantaine
d’aéroplanes. Quand ils seront construits,
nous continuerons nos expériences, nous
poursuivrons nos améliorations et nous
comptons bientôt, en nous assurant le
concours des Blériot, des Delagrange et des
Farman, posséder un type à peu près définitif
d’aéroplane qui nous permettra de conquérir
l’espace avec toute la sécurité désirable. »
« Ainsi parla M.Lazare Weiller ».
La Sarthe 4 octobre 1908
En aéroplane avec M.Wright
M. Frantz Rechel publie ses impressions dans
Le Figaro :
« Nous étions partis. Ce fut tout d’abord la
curieuse et subite impression d’un plongeon
dans l’espace qui me donna un coup à
l’estomac; j’entendis la chute sous moi du
chariot qui portait l’aéroplane. Nous avions
quitté le rail, et tout de suite ce fut très
doux : un bercement dans le tonnerre du
moteur claquant sec et avec courage. Dans le
bruissement pressé des hélices, nous volions.
Je me tendis de tout mon être pour bien voir,
bien sentir, raidi, n’osant bouger, remuer.
Obéissant à l’action du gouvernail, le grand
oiseau blanc qui nous portait s’était élevé
et sous moi le sol fuyait, fuyait...Nous
filions vers l’horizon de dunes de sables et
de collines de sapins avec la contradictoire
sensation d’un glissement vertigineux, mais
tapageur, dans le fluide et le moelleux.
C’était étrange et exquis. L’air m’arrivait
en un courant rapide, mais égal; il coulait
sur moi la vie, caressant, mais non brutal.
Je pouvais garder les yeux grandement ouverts
: il me baignait, mais ne me fouettait pas.
« Et ce fut le premier virage, à 700 mètres
du départ, au-dessus d’un tapis magnifique de
bruyères mauves. De sa main droite, Wright,
dans un mouvement simultané, avait commandé
le gouvernail de direction et, comme les
oiseaux, gauchi ses grandes ailes blanches.
Oh! ce virage, ces virages! Si en aéroplane
filer en ligne droite est une sensation
délicieuse, le virage est, lui, une véritable
ivresse. De quoi est faite cette ivresse! Que
sais-je? De la courbe harmonieusement
et parfaitement décrite peut-être ? De
l’inclinaison de l’appareil qui, comme pris
d’une double vitesse semble glisser plus
doucement encore sur l’air qui le porte ?
« Sans doute, de réflexions aussi, car c’est
à ces évolutions que je sentis vraiment que
l’air était conquis et bien conquis. Mais que
ce fût pour ceci ou pour cela, ce fut en moi
une griserie infinie. Une immense émotion
s’empara de moi, mon coeur se gonfla et je
sentis des larmes me monter aux yeux ».
Le Prix de l’Aéro-Club de la Sarthe
« On lit dans Le Figaro de ce matin :
L’Aéro-Club de la Sarthe a sur
l’initiative de MM Léon Bollée, Pellier,
Jamin et Durand, décidé la création d’un prix
de hauteur, pour lequel il a voté un prix de
1 000 francs. L’aéroplane ne sera astreint à
aucun mode de départ. Il devra franchir la
hauteur stipulée, trente mètres, avoir volé
deux minutes au moins. Ce prix est pour
répondre à celui de l’Aéro-Club de France
(25 mètres de haut et 2 500 francs de
prix) auquel Wright ne peut participer faute
de roues et à cause de son pylône.
La Sarthe 3 octobre 1908
Nouvelles hélices pour emmener M.Léon
Bollée (108kg)
« M.Wright avait apporté avec lui d’Amérique,
trois paires d’hélices de différentes
largeurs. Hier, il a retiré de son appareil
les plus étroites-celles qui lui avaient
servi jusqu’à présent à faire toutes ses
expériences et à gagner le prix de la
Commission d’aviation- il les a d’abord
remplacées par les hélices moyennes et enfin
par les plus larges. Avec ces dernières, il
pourra tenter un vol avec M.Léon Bollée comme
passager.
« Ce matin à 8 heures 41 minutes, M.Wright
fait un premier vol de 4 minutes 50 secondes
1/5 pour essayer ses grandes hélices. Par
prudence l’aviateur s’est maintenu à une
hauteur de un mètre cinquante à deux mètres,
difficulté assez grande et qui constitue un
véritable record. Sur une base de 700 mètres
la vitesse de l’appareil a été de 54,750 km/h
dans le sens La Fourche à Ardenay et de
70,250 km/h dans le sens opposé. La vitesse
du vent qui soufflait dans le sens d’Ardenay
à la Fourche, un peu de côté cependant était
de 7,750 km/h soit 2,15 m/s. La vitesse de
propulsion dans l’air a donc été de 62,500
km/h.
« L’aéroplane muni des nouvelles hélices, a
fait un gain assez sérieux sur les
expériences précédentes. Jusqu’ici la plus
grande vitesse n’avait pas dépassé 57,880
km/h. Les hélices actuellement adaptées à
l’appareil sont de même diamètre que celles
précédemment fixées, mais les pales sont
beaucoup plus larges, presque le double des
premières. Le moteur a été également un peu
démultiplié puisqu’il n’attaque plus les
hélices que par un pignon de neuf dents au
lieu de onze, ce qui permet au moteur de
tourner plus vite qu’avant quoique les
hélices soient plus grandes.
« 5 à 600 personnes assistaient ce matin aux
vols de M.Wright parmi lesquelles MM Barthou,
frère du ministre; Albert Clémenceau, avocat;
et beaucoup d’étrangers.
La Sarthe 5 octobre 1908
WRIGHT à AUVOURS LÉON BOLLÉE CO-PILOTE
AVERTI !
« Malgré le poids de M. Léon Bollée
l’appareil s’est élevé avec une facilité
surprenante sans le moindre à-coup. M.Wright
a fait avec M.Léon Bollée deux tours complets
sur le parcours ordinaire totalisant 4
minutes 9 secondes. M.Léon Bollée que nous
avons interwievé, au moment où il mettait le
pied à terre, a bien voulu nous faire part de
ses impressions de voyage. Au départ, nous
dit-il, c’est exactement le sensation que
l’on ressent dans le toboggan. Dès que
l’appareil arrive au bout du rail on est tout
surpris de se trouver, en moins d’une
seconde, à trois ou quatre mètres en l’air et
de voir le calme le plus absolu succéder à
cette impression plus vive du toboggan. Ce
qui domine complètement c’est que je suis
certain maintenant de savoir conduire
l’appareil de Wright. Pendant tout le temps
que j’ai passé à bord, j’ai vu M.Wright faire
exactement les mêmes mouvements que j’aurais
faits moi-même si j’avais eu à conduire
l’appareil à sa place. Je suis si sûr que ces
mouvements sont si faciles à exécuter, et je
les comprends si bien, que je n’hésiterais
pas à partir seul dans l’aéroplane si
M.Wright consentait à me le confier, et je
crois fermement qu’il le fera.
« Et dans les virages qu’avez-vous ressenti,
demandons-nous à M.Léon Bollée? - Je n’ai pas
ressenti cette impression de dérapage
qu’avaient éprouvée plusieurs des passagers
qui étaient montés avant moi. Je me suis
retourné pendant le premier virage pour bien
regarder le gauchissement des ailes et la
manoeuvre du gouvernail arrière; là encore,
cette manoeuvre m’a semblé très simple et il
m’a paru que je la possédais parfaitement.
L’appareil s’incline juste de la quantité qui
convient pour le cercle décrit et cette
inclinaison m’a donné à moi, passager, une
impression de sécurité beaucoup plus grande
qu’elle ne paraît aux yeux des spectateurs.
J’ai pu constater qu’on peut faire des
virages extrêmement courts sans le moindre
danger. Tout dépend de l’inclinaison qui peut
être énorme sans qu’il y ait à craindre que
le redressement ne puisse se faire, tellement
le gauchissement des ailes est un moyen
merveilleux de redresser l’appareil. M.Wright
incline son « Flyer » avant de commencer le
virage et le redresse très peu avant la fin
du virage. Dès que l’appareil reprend la
ligne droite, l’aile qui faisait le petit
rayon se met à marcher aussi vite que
l’autre, et le redressement s’opère d’une
façon merveilleuse.
« En résumé, depuis le vol que je viens
de faire, mon admiration pour M.Wright,
inventeur, a encore augmenté de toute la
quantité que mon admiration pour M.Wright
acrobate, a diminué. J’ai du reste constaté
que, malgré mon grand poids, l’aéroplane ne
marchait pas différemment que s’il eut emmené
un passager moins lourd. Je suis loin de
représenter le maximum de poids que M.Wright
pourra emporter avec lui ».
« Après celles de Léon Bollée, les
impressions ressenties par M. René Peltier
ont été également celles d’une parfaite
sécurité et d’une profonde admiration pour
l’aviateur américain.
La Sarthe 8 octobre 1908
La Reine Marguerite au Mans
« La reine douairière d’Italie est
arrivée ici, cet après-midi vers 1 heure et
demie, de retour de son excursion en
Bretagne. La reine Marguerite qui vient de
Nantes et se dirige sur Paris, est descendue
à la Brasserie Grüber pour y déjeuner;
sa voiture, une magnifique 60-75 HP est
remisée au garage Pineau & Ragot place de la
République. La reine doit repartir aussitôt
après son repas. On dit qu’elle ira peut être
assister en passant aux expériences de
M.Wilbur Wrigh.
« A cinq heures, Wilbur Wright part avec le
major Baden Powel et atterrit après 4 minutes
10 secondes. Il emmène ensuite M.Serge
Kaznakoff, chambellan de l’empereur de
Russie, puis Madame Léon Bollée. A l’issue
des expériences, la reine douairière a
félicité chaleureusement Wilbur Wright de sa
magnifique invention et lui a serré la main
avec une familiarité charmante. La souveraine
a reçu ensuite de Mme O’Berg un ravissant
bouquet aux couleurs italiennes et la
remerciée avec effusion. Elle a en outre
félicité M. O’Berg de son dévouement à la
science aviatrice, puis est partie en
automobile pour Paris où elle doit descendre
à l’hôtel Castiglione. Mentionnons qu’une
souscription dont le montant dépasse déjà
mille francs, vient d’être ouverte au Mans en
vue d’offrir un souvenir à Wilbur Wright.
Au quatrième vol de la journée M.Wright prend
comme passager le commandant Boutieaux
directeur du parc aérostatique de
Chalais-Meudon. Quand nous avons passé sur la
tête des spectateurs, dit le commandant
Boutieaux, ces derniers étaient assurément
plus inquiets que moi. Mais ce que j’ai le
plus admiré, c’est le long vol effectué
presque au ras de terre, si bas qu’il me
semblait qu’en me penchant un peu j’aurais pu
arracher une touffe de bruyère au passage.
C’est là surtout que j’ai bien vu combien
M.Wright est maître de sa manoeuvre. Cette
manoeuvre d’ailleurs que je croyais délicate
et compliquée, m’a paru au contraire fort
simple quand j’ai pu l’examiner de près. Les
changements de direction et d’altitude, les
virages sont obtenus grâce à des mouvements
de très peu d’amplitude, qu’avec un peu de
pratique on doit arriver à exécuter presque
automatiquement. L’aéroplane n’est pas plus
difficile à conduire qu’une bicyclette ou
qu’une automobile et je suis convaincu que
n’importe quel pilote, connaissant le
cyclisme et ayant quelque pratique de
l’aérostation serait, après une étude
relativement courte, capable de renouveler
les expériences de M.Wright. Le problème de
l’aviation est résolu en principe. Il y a
assurément des perfectionnements à trouver,
mais je suis certain qu’on les trouvera très
vite. Un fait est acquis. On était à côté du
problème quand on s’évertuait à chercher le
moteur léger. Il est bien démontré que le
poids du moteur peut sans inconvénients être
augmenté de 20 ou 25 kg. Ce qui reste à
trouver, c’est le moteur capable de
fonctionner sans panne et sans ravitaillement
pendant 4 ou 5 heures. Et le commandant
Boutieaux, s’adressant à Léon Bollée, lui dit
: C’est affaire à vous de nous le fournir, et
je suis convaincu que, si vous voulez le
chercher, vous le trouverez rapidement. Le
commandant ajoute : Une expérience aussi
reste à faire. Il faudrait que l’aéroplane ne
se contentât pas d’évoluer sur le terrain
libre d’un champ de manoeuvre. Il faudrait
qu’il se rendît, à travers la campagne, à un
point déterminé, et revînt à son point de
départ. Il ferait ainsi une réponse
péremptoire à toutes les objections. Il
appartient à M.Wright de faire cette
expérience. Il est certainement en état de la
faire avec succès, et j’espère bien qu’avant
de quitter la France, il ne laissera pas à un
autre l’honneur de la tenter.
Le commandant Boutieaux déclare que les
critiques adressées au mode de départ adopté
par M.Wright, pylône, rail, ne lui paraissent
pas fondées. Des objections peuvent être
faites à tous les procédés de départ. Celui
qu’a adopté M.Wright lui paraît être une
solution très élégante du problème. Et si
l’aviation se développe, si les aéroplanes
deviennent capables de franchir des étapes
déterminées, il ne sera pas difficile de leur
préparer à l’étape des pylônes et des rails,
qui leur serviront à reprendre leur vol. Ce
système serait encore préférable à celui des
roues qui alourdiraient inutilement
l’appareil, et M.Wright n’a nullement besoin
de joindre des roues à son appareil, comme il
se dit prêt à le faire.
« La situation et la haute compétence du
commandant Boutieaux donnent à ces avis une
importance exceptionnelle. Parmi les
personnes présentes, notons M. Le général de
Verdière, qui ne dissimulait pas son
admiration.
La Sarthe 11 octobre 1908
LE GRAND JOUR DE LA COMMISSION
SCIENTIFIQUE
« Tous les membres de cette
commission scientifique chargée d’examiner si
l’appareil de M.Wright correspond à ce qui a
été promis étaient au complet. Cette
Commission est ainsi composée :
« MM Henry Léauté, membre de l’Institut,
professeur à l’Ecole Polytechnique,
président; Painlevé, membre de l’Institut,
vice-président; Ernest Archdeacon; Armengaud
jeune; Henri Deutsh, député de la Meurthe;
capitaine Ferber de la Direction de
l’Artillerie à Brest; le comte de Castillon
Saint-Victor; Kapferer Henri, ingénieur civil
des Mines; Ambroise Goupy, aviateur; Paul
Tissandier; le commandant Bonel; le capitaine
Moch; le marquis de Lareinty-Tolozan; Adolphe
Berget; les capitaines Lucas-Girardville et
Dorand du Parc aérostatique de
Chalais-Meudon; Petithomme, ingénieur
principal au ministère de la marine; le
lieutenant de vaisseau Glorieux de
l’état-major général du ministère de la
marine; le comte Henri de la Vaulx; le baron
de Castex, le commandant Boutieaux du Parc
aérostatique de Chalais-Meudon et M.Léon
Bollée, président de l’Aéro-club de la
Sarthe. Etaient également présents : les
aviateurs Farman, Delagrange,
Esnault-Pelleterie, René Gasnier, Mme
Pelletier la première femme qui ait pris
place sur un aéroplane; M.Joseph Reinach,
député; Demanest, secrétaire du
Sporting-Club de Monaco; M et Mme Lazare
Weiller; Georges Besançon, secrétaire de
L’Aéro-Club de France; Vuillaume, comte
Arnold de Contades; Paul Gers banquier à
Paris; Jean Dupuy directeur du Petit
Parisien; René Quinton président de La
Ligue Aérienne; Gobron et Louis Renault,
constructeurs d’automobiles; plusieurs
officiers de nationalité étrangère, des
représentants de la plupart des journaux
français, anglais, américains.
« A 4 heures et demie, M.Wright sort son
« Flyer » du hangar et pendant que l’aviateur
vérifie son moteur, M.Painlevé vice-président
de la Commission scientifique s’installe sur
le siège réservé au passager.
« A 4 heures 45, le poids est hissé et
M.Wright est à ses leviers. Le déclenchement
s’opère, l’appareil court sur le rail, se
cabre et après avoir parcouru vingt mètres,
retombe brusquement sur le sol, le moteur
s’étant arrêté. On a bientôt l’explication de
cet atterrissage si subit : M.Painlevé, en
voulant ressaisir sa casquette que le vent
emportait, a involontairement heurté la
commande de l’allumage causant ainsi l’arrêt
du moteur. On ramène l’appareil auprès du
pylône et là, M.Wright constate qu’un des
fils de tension s’est rompu par suite de
l’atterrissage un peu brusque. Pendant qu’il
procède à la réparation, les amis de
M.Painlevé ajustent sur la tête de ce dernier
une casquette à mentonnière qui, cette fois,
ne risquera pas de s’envoler au caprice du
vent.
« A 5 heures 12, M.Wright repart avec son
passager, et évolue au-dessus du champ de tir
avec la facilité qui lui est familière.
M.Léauté manifeste son admiration pour
l’appareil de M.Wright et en fait part à
M.Lazare Weiller ainsi qu’à M.Hart
O’Berg. L’obscurité commence à devenir
complète et on ne distingue plus le vol de
l’aéroplane que par les étincelles qui
s’échappent par instants du moteur. Lorsque
la durée du précédent record avec passager -
1 heure 4 minutes, 26 secondes 2/5 avec M.
Forcyte du Journal - est dépassée, M.
Hart O’Berg, à l’aide d’un phare d’automobile
prévient M.Wright qu’il a battu son record.
Le « Flyer » fait encore deux tours puis il
atterrit à 6 heures 21 à quelques mètres de
son pylône, après avoir parcouru 80
kilomètres environ. Il fait nuit noire. La
foule, enthousiasmée, franchit en ce moment
les limites pour faire une ovation à
l’aviateur. Des cuirassiers à cheval sont
obligés d’intervenir pour dégager celui-ci.
Les membres de la Commission scientifique
entourent M.Wright et le félicitent de sa
merveilleuse invention. M.Painlevé, quoique
transi par le froid, semble enchanté de son
voyage aérien et fait part de ses impressions
à ses collègues. Voici d’ailleurs comment il
les raconte dans le Matin repris par
La Sarthe:
« L’homme sait aujourd’hui voler,
puisqu’il existe un homme qui sait voler. Cet
homme, son visage est déjà populaire; mais ce
que ne traduisent ni les caricatures ni les
portraits, ce sont ses yeux et un regard qui
a quelque chose, en même temps, d’indomptable
et de candide. Il lui a fallu, en effet, une
volonté et une foi invincibles, un effort
obstiné et quotidien de dix années, pour
vaincre les caprices, les défaillances, les
périls du fluide impalpable, fuyant,
élastique, qui nous enveloppe. Si l’onde est
perfide, de quelles trahisons l’air n’est-il
point capable ? Les anciens vantaient la
hardiesse des premiers navigateurs.
Qu’auraient-ils dit de ces nouveaux
navigateurs qui doivent emprunter à un corps
mille fois plus léger qu’eux mêmes, à la fois
leur point d’appui, leur équilibre et leur
vitesse?
« L’instrument qui accomplit cette
merveille est si léger et si souple, son
apparence si fragile qu’on le prendrait pour
un jouet d’enfant agrandi, et on se livre à
lui avec une sécurité absolue, tant on le
devine fortement adapté aux efforts utiles
qu’il doit subir et propre à employer, en s’y
pliant, sans jamais les contrarier
brutalement, toutes les ressources mécaniques
de l’air. Le sapin d’Amérique, si
remarquablement résistant, a donné là sa
mesure sous la main ingénieuse de l’aviateur,
dont l’art manuel a quelque chose de
l’inlassable patience chinoise.
« Le signal est donné : nous voilà lancés
dans l’espace; sensation de délices et de
vertige. On sent perdre son poids en quelques
secondes; suivant la pittoresque expression
de M. Deutsh, on se croirait un oiseau qui
s’envole avec sa cage. Mais d’un geste
malencontreux, en rattrapant ma casquette qui
s’envole, je coupe l’allumage. L’appareil
atterrit doucement et le vol s’arrête à peine
commencé. Nous voici repartis : nous volons,
nous volons, nous tournons une fois, deux
fois, vingt-neuf fois autour du vaste camp,
avec deux petits leviers, sans effort, Wright
vire, incline son aéroplane, le redresse,
s’élève, redescend en se jouant. Les
fils de commande si délicats sont les
prolongements des nerfs du pilote. Il sent
l’air avec ses toiles comme l’oiseau avec ses
ailes : la stabilité est complète, sans
vibrations. A peine un léger tangage
régulier (fugoïde NDLR). Un remous
nous prend à un virage. Wright maîtrise son
appareil comme un cheval qui se cabre, et je
comprends, aux applaudissements d’en bas,
qu’il vient de faire quelque chose
d’émouvant, mais je m’en doutais à peine.
Nous tournons, nous tournons, mais ce n’est
plus sur le camp d’Auvours que nous planons
dans la nuit grandissante, c’est sur la face
indéfinie de la terre, dominée, conquise par
le grand oiseau.
Wright a battu son record : il a volé une
heure neuf minutes quarante-cinq secondes,
parcouru plus de soixante-dix kilomètres. Il
s’arrête, parce que cela lui plaît. Il avait
emporté avec moi quarante-cinq litres
d’essence. Il pouvait voler deux heures
encore, s’il l’eût voulu.
La conquête de l’air est maintenant
accomplie. Demain, sur des appareils plus
grandioses, des moteurs sûrs et puissants,
affranchis des restrictions de poids,
enlèveront à toute autre vitesse des fardeaux
autrement lourds. 1908 sera, dans l’histoire
des sciences, l’année glorieuse où le premier
homme a volé ».

Nouvelliste de la Sarthe 11-12 octobre
1908
Wilbur Wright bat le record du monde du
voyage à deux
« Wilbur Wright a fait samedi soir une
longue enjambée de plus dans la voie du
succès. Il a, en effet, magistralement battu
le record du monde du voyage à deux en
aéroplane. D’autre part, il a satisfait à la
dernière clause du contrat Lazare Weiller,
c’est à dire accompli son vol de cinquante
kilomètres avec un passager. M.Léauté,
président de la commission, adresse ses
compliments à l’aviateur et Henri Farman qui
semble pleinement heureux du triomphe de
Wilbur, s’approche de M. et Mme Berg pour
leur dire : « Je vous félicite de tout mon
coeur d’avoir été les promoteurs de
l’installation de M.Wright en France.
L’aviation vous doit beaucoup. Merci au nom
de tous les aviateurs ».
2 novembre 1908
« L’aviateur emmena dans un second essai M.
Paul Doumer, ancien président de la Chambre
et, poussant son excursion aérienne en dehors
des limites du camp, évolua au-dessus de La
Fourche.
5 novembre, les premiers élèves-pilotes
de Wilbur Wright
« M.Wilbur Wright rentré de Paris mardi
dernier, a repris la formation de ses
pilotes, mais par suite du froid et surtout
du brouillard continuel qui règne à Auvours,
il a décidé d’abandonner notre région et de
chercher ailleurs un terrain où la
température fût plus clémente. Comme une
dépêche nous l’annonçait mardi soir, M.le
comte de Lambert est actuellement dans le
midi, à Hyères, pour préparer le terrain sur
lequel M.Wright et ses pilotes opéreront à
partir du 25 décembre. M.le comte de Lambert
commence à diriger seul l’appareil, et M. Le
capitaine Lucas-Girardville qui a commencé
son apprentissage beaucoup plus tard, sera à
même de piloter seul l’aéroplane d’ici
quelques jours.
Le Nouvelliste de la Sarthe 6-7 novembre
Les frères Wright à Pau
L’Echo de Paris annonce que les frères
Wright et M. O’Berg ont décidé de poursuivre
leurs expériences dans les landes de
Pont-Long près de Pau à quelque distance de
l’hippodrome. La ville a traité avec le
syndicat du Haut-Ossau pour la location de
ces landes. Wilbur Wright arrivera à Pau avec
son matériel mercredi ou jeudi.
Bulletin paroissial de décembre 1908
L’homme vole
« De tous côtés on parle de lui dans le
département; le camp d’Auvours où ce fameux
Wright accomplit ses envolées, a vu et voit
encore défiler des foules venant des quatre
coins du monde; de notre canton même
n’ont-ils pas été nombreux ceux qui sont
allés là-bas dans l’espoir de voir ce
spectacle d’un homme planant dans les airs?
Sujet donc d’actualité, et votre Curé, mes
chers amis, grille vraiment de vous en
parler. Oui, il est beau de voir l’homme
faire de nouvelles découvertes, imaginer,
inventer de nouveaux moyens de communication.
L’homme avait conquis la terre, ses chemins
de fer avaient quasi raccourci le monde; et
voilà qu’il semble à cette heure en voie de
conquérir les airs. Sans aucune arrière
pensée, nous crions : Bravo!
« Bravo! parce que cela est la démonstration
éclatante, irrésistible de l’existence de
l’âme intelligente et immortelle. Est-ce que
les bêtes inventent? Sur votre route
vous rencontrez une de ces merveilleuses
machines modernes : un aéroplane, une
automobile. Quelque passant s’en vient vous
dire : « Cette machine s’est faite toute
seule », ou bien : »c’est un boeuf, c’est un
cheval, un singe qui a fait cela ». Vous
rirez au nez du passant, car vous savez que
rien ne se fait sans un ouvrier et que pour
combiner ces mécanismes si compliqués, il
faut une intelligence.
« Pourtant certaines gens qui crient sans
cesse : »Progrès! progrès! » voudraient
mettre l’homme au rang du singe, du cheval ou
du boeuf, puisqu’ils nient son âme
immortelle! Laissons-les mes chers amis, et
saluons franchement les découvertes de
l’homme, qui sont les preuves de sa noblesse.
Ces gens là pêchent contre la raison. Puis,
sachons élever jusqu’à Dieu nos âmes si
grandes. Pour voler vers leur Créateur, elles
ont des ailes plus puissantes que celles de
l’aéroplane de Wright: c’est la prière,
c’est l’oraison. Sachons prier. Prier c’est
s’élever puisque c’est diriger nos âmes vers
l’intelligence infinie » Amen.
Le Nouvelliste de la Sarthe 18 décembre
1908
Wilbur Wright gagne le prix des cent
mètres
« Cet après-midi, Wilbur Wright a gagné le
prix des cent mètres en hauteur, fondé par l’Aéro-Club
de la Sarthe. Malgré un vent violent il
s’est élevé dans l’espace et, à 4 heures 3
minutes exactement, il a franchi la ligne des
ballonnets située à cent mètres d’altitude.
L’aviateur a même dépassé les ballonnets
d’environ 20 mètres.
« Tous les spectateurs qui se précipitaient
pour le féliciter ont pu constater qu’il
avait gardé son calme imperturbable.
Cependant, cette fois, il n’essayait pas de
dissimuler sa joie et sa très légitime
fierté.
Le Nouvelliste de la Sarthe 31 décembre
1908
Wilbur Wright vole pendant près de 2
heures couvre la distance de 124 km 700 et
remporte la coupe Michelin.
« En même temps que le prix de la
Coupe Michelin M.Wright gagne le prix Triaca
(500 F), fondé en janvier 1908. Ce prix
était, en effet, destiné à l’aviateur, membre
de l’Aéro-Club de France ou de l’Aéro-Club
d’Amérique recordman, en 1908 de la plus
grande distance, sans escale, parcourue sur
un circuit limité par deux poteaux de virage
placés à un kilomètre l’un de l’autre, au
maximum. A l’atterrissage, le ministre
des transports publics M. Barthou l’a
vivement félicité, puis il lui a rappelé sa
promesse. L’aéroplane a été aussitôt replacé
sur le rail et le ministre a pris place à
côté de l’aviateur.
« Après un faux départ à 5 heures 7, le
« Flyer » est parti à 5 heures 20 emmenant
MM. Wright et Barthou. Après un vol de 3
minutes 57 secondes 3/5, il a atterri près de
son hangar. Lorsqu’il est descendu de
l’appareil, M. Barthou a de nouveau félicité
M.Wright, se déclarant émerveillé et disant
qu’il s’était senti en parfaite sécurité
pendant toute la durée du voyage. A quoi
M.Wright a répondu : « Soyez certain,
Monsieur le Ministre, que vous êtes plus en
sécurité dans mon Flyer que sur vos chemins
de fer. » La réplique a fort amusé tous
ceux qui se trouvaient là. Dans sa
déclaration, M.Barthou devait encore préciser
:
« Messieurs les membres de l’Aéro-Club de
la Sarthe je vous félicite de l’avoir
accueilli, vous avez reconnu les qualités de
son coeur. La science, comme l’art, n’a pas
de patrie; nous aurions aimé que ce fût un
Français qui prît la tête du mouvement; c’est
un Américain; nous sommes très heureux que ce
soit la France qu’il ait choisie pour y faire
ses expériences. Wilbur Wright a battu tous
les records, record de distance, record de
durée, record de hauteur. Il a en outre,
battu un record unique. C’est le seul
aviateur qui ait emporté un ministre dans les
airs. Je conserverai de cet après-midi
un souvenir inoubliable. Mes chers camarades,
j’encouragerai cette industrie naissante et
je la favoriserai de tout mon pouvoir ».
Conseil Municipal du Mans 29 décembre
1908
M.le Docteur Moreau donne lecture de la
proposition suivante :
« Messieurs, nous avons été conviés cette
année à assister à un spectacle qui fera
époque dans l’histoire scientifique. Un
savant, aussi modeste que génial, Wilbur
Wright nous a donné d’assister aux plus
mémorables expériences qui aient jamais été
faites sur cette terre du Maine. Il a montré
au monde, étonné et ravi, que la conquête de
l’air était sortie du domaine des plus
incertaines hypothèses et que le rêve,
caressé par les hommes depuis le début des
âges, était réalisé. Après avoir dans son
pays terminé la construction de son
merveilleux appareil, Wilbur Wright est venu
demander en France la consécration définitive
de sa découverte et sur les suggestions de
M.Bollée, a choisi Le Mans pour théâtre de
ses démonstrations. Par une heureuse fortune,
notre département ne parait-il pas destiné à
être le champ d’expériences des plus
remarquables découvertes ou à voir naître
quelques-uns des hommes qui ont accompli les
grands progrès scientifiques ? Permettez-moi
de rappeler les frères Chappe, inventeurs du
télégraphe aérien; Dalibard, auteur de
travaux sur le paratonnerre; le colonel
Coutelle le créateur de l’aérostation
militaire; premier observateur aérien à la
bataille de Fleurus, Poitevin, inventeur de
la photographie inaltérable; Dagron, dont les
études permirent aux Parisiens assiégés de
communiquer avec la province, enfin les
Bollée.
« En associant Le Mans à son triomphe,
Wilbur Wright a ajouté à notre patrimoine
moral. Le nom de notre cité est maintenant
connu dans les pays les plus éloignés et
prendra place dans tous les traités
scientifiques. Il a valu à notre commerce des
profits inespérés et donné aux populations
sarthoises un spectacle que le monde entier
voudrait contempler. Il me semble, par suite,
que nous avons une dette envers ce grand
Américain, dette de reconnaissance que le
Conseil municipal, au nom de la Ville, doit,
sinon acquitter, du moins reconnaître. Je
vous propose donc de décider qu’une médaille
d’or lui sera offerte en souvenir de ses
inoubliables expériences.
Le Conseil adopte la proposition et vote
un crédit de 250 F pour l’achat d’une
médaille d’or.
Wilbur Wright quitte Le Mans
« Aujourd’hui 1er janvier 1909,
l’aviateur américain a commencé ses
préparatifs de départ. Le Flyer va être
entièrement démonté et les différents
morceaux, placés dans des caisses, seront
expédiés à Pau, où M.Wright restera un mois
seulement pour former des élèves-pilotes,
puis il gagnera l’Amérique où il continuera
et terminera les expériences de son frère
Orville.
Reconnaissance tardive
« Les Wright et leur sœur Katherine
rentrèrent aux Etats-Unis en mai 1909 et les
17 et 18 juin la ville de Dayton organisa de
grandioses cérémonies de bienvenue en leur
honneur. Ils reçurent, bien tardivement par
rapport à la France et à la ville du Mans, la
confirmation de leurs exploits de précurseurs
en recevant les médailles du Congrès, de
l’Etat de l’Ohio et de la ville de Dayton.
Disparition de Wilbur Wright
Extrait du journal de l’Evêque Milton
Wright, son père :
« Ce matin du 30 mai 1912 à 3 heures 15
Wilbur est décédé à l’âge de 45 ans 1 mois 14
jours. Une vie brève, pleine de conséquences.
Intelligence jamais en défaut, flegme
imperturbable, confiance en soi et modestie,
vision lucide du bien le poursuivant
constamment. C’est ainsi qu’il vécut et
mourut.
Au lendemain de sa mort le
journaliste sportif Frantz-Reichel lui
consacra ces lignes : « Wilbur Wright
avait une remarquable silhouette. Grand,
élancé, sec, vigoureusement charpenté,
athlétique et souple, l’homme semblait rompu
aux exercices du corps. Il avait une tête
admirable d’oiseau de proie. Le visage était
effilé, coupant. Le nez accusait cette ligne.
La bouche était fine, intelligente,
spirituelle, volontiers ironique. Les yeux
bleus avaient un regard magnifique de
loyauté, de décision et de courage. Ils
s’allumaient d’une lueur de triomphe quand
Wilbur lisait sur le visage de son compagnon
le trouble de l’émotion et du victorieux
ravissement à la révélation du vol. »
« Quoique nerveux et sensible, Wilbur était
extrêmement maître de lui. Sa force de
volonté le fit prendre pour un flegmatique.
Il avait horreur des bavards et des
importuns. Le comte de Lambert fit sa
conquête en assistant des semaines et des
semaines à des essais sans lui adresser un
mot. Ce silence de Wilbur Wright est devenu
légendaire. Témoin ce souvenir conté par son
généreux protecteur, M. Lazare Weiller :
« Au Mans, un soir, à un dîner charmant, on
lui avait demandé de parler : plusieurs
personnes et notamment l’un des plus fervents
aviateurs du Sénat, le baron d’Estournelles
de Constant, lui disait : « Voyons! Monsieur
Wright, parlez, dîtes-nous quelque chose à
votre tour. » Et Wright dit : « Vous tous qui
m’entourez, vous avez des qualités nombreuses
que personne n’apprécie plus que moi, mais
parmi toutes vos qualités il y en a
certainement une qui domine toutes les
autres. Eh bien! J’ai, moi aussi, une qualité
dominante. « Je sais me taire. » Et il ajouta
: « Je ne connais d’ailleurs qu’un seul
oiseau qui parle, c’est le perroquet, mais ce
n’est pas un oiseau de haut vol. ».
« A tous ceux qui lui posaient des
questions innombrables sur lui-même, sur son
appareil, sur sa théorie du vol, il daignait
répondre les lèvres à peine desserrées : « Like
a bird! Comme un oiseau! ».
POSTFACE 2008 : déjà 100 ans.
Avant les villes de Pau et de Reims, 1908 fut
l'année du premier meeting national
d'aviation au Mans, organisé par l'Aéro-Club
de la Sarthe grâce à l'opiniâtreté de son
Président Léon Bollée. Un meeting permanent
qui a duré six mois fit se déplacer des
foules innombrables et ce qui comptait alors
du monde scientifique et politique, jusqu'aux
têtes couronnées de l’Europe entière.
[1]
M.Zens
n’a pas laissé de traces dans l’histoire
aéronautique française
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